(pas de titre)

1813

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Contenu de la correspondance:

 » Je suis bien triste, bien inquiète, écrivait sa mère à Mme d’Albany, le 7 août 1813. Oh! c’est dans ce moment que j’aurais besoin de vous voir et d’être consolée, tranquillisée par vous ! Si l’on voyait son fils courir sur le bord d’un précipice, les passants, les amis ne s’étonneraient pas des cris et de l’effroi d’une mère ; à la guerre, il est toujours sur le bord d’un affreux précipice ; il est toujours dans un immense danger, et cependant on dit à cette pauvre mère : Ne pleurez pas, ne criez pas, ce n’est rien. Ah 1 ma chère, le succès de l’Empereur n’est pas douteux ; sa gloire, son génie répondent de la victoire ; mais ces pauvres petits gringalets d’aides de camp, oh! qu’ils sont exposés « 
* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.284)* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.106-107)* lettre intégrale (le portefeuille de Madame d’Albany, par Léon-G Pélissier)

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Contenu de la correspondance:

 » J’ai vu beaucoup davantage à la fin de mon séjour, écrivait-il le 8 juillet 1813, à Mme d’Albany, Mme de Souza, et je le dois à sa bonté ; elle m’a prévenu, elle m’a ramené, car, il faut que je l’avoue, je l’avais négligée… Mais elle a été pour moi d’une bonté, d’une amabilité qui devait d’autant plus exciter ma reconnaissance que je sentais l’avoir moins méritée. J’ai eu bien à me louer aussi de M. de Souza, à qui je me suis singulièrement attaché, et qui, je m’en flatte, a aussi de l’affection pour moi. Nous nous rencontrions souvent, et j’allais toujours chercher en lui de nouvelles connaissances dont il a une mine inépuisable. C’est presque dans la maison encore que je trouvais un homme que j’aime en ami et que je connaissais dès longtemps, M. Gallois. Je me flatte de le séduire à faire cet automne avec moi le voyage d’Italie. Nous irions ensemble jusqu’à Florence ; ce serait, j’en suis sûr, vous annoncer, Madame, une bonne nouvelle. Vous connaissez M. Gallois, vous aimez son esprit, et, malgré votre philosophie, malgré votre goût de retraite, vous êtes trop faite pour la société, vous en sentez et vous en augmentez trop le charme pour ne pas vous faire fête de voir dans votre solitude celui qui, même à Paris, paraissait si distingué. « 

* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.282)

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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
20 juillet 1813, Aix
Je reçois ta lettre, mon cher Eugène, et je vois que tu ne dois pas rester longtemps à Milan, ce qui me montre qu’il faut renoncer à nous voir encore cette année. Je souffre toujours un peu de la poitrine, ce qui m’obligera à continuer les eaux ici jusqu’à la fin d’août ; le temps est si mauvais que j’attends la chaleur avec grande impatience, et peut-être faut-il renoncer pour cette année aux bains de mer. Mais cela m’afflige, bien que nous ne puissions pas nous voir. Enfin, si nous avons la paix, je compte bien que tu viendras à Paris ; cet espoir me consolera.
Tu me réponds pour la jeune personne, mais si c’est pour donner des leçons à tes filles la mère vaudrait mieux ; je ne veux encore rien décider que je ne sache ce que tu désires. Si c’est pour jouer de la harpe et chanter avec ta femme, la jeune personne convient ; alors, je te l’envoie avec les conditions que tu as fait ; mais je te préviens que, sur le piano, elle ne déchiffre pas assez bien pour t’accompagner quand tu chanteras, ce qui serait bien agréable pour toi. Pour la mère, c’eût été différent ; elle montre tout et serait, je crois, utile pour donner des leçons à tes petites filles et t’accompagner si cela te convenait. Mais elle possède une famille trop considérable pour pouvoir vivre avec cent louis sans être logée ; tu vois que j’entre dans tous les détails, parce que je ne veux pas te charger d’une famille sans être sûre que cela puisse te convenir tout à fait ; et si tout cela pouvait loger dans ta maison d’éducation, comme maîtresses, tu donnerais cent louis et tu aurais la mère, la fille et toute la famille à tes ordres ; je tiens à la mère pour tes filles qui sont dans l’âge de commencer la musique, et tu jugerais toi-même à quoi elle peut t’être bonne. La fille seule te conviendrait pour ma soeur, si elle le désire ; elle a joué de la harpe dernièrement chez l’Impératrice qui en a été contente. Elle a une voix superbe et Paer dit qu’elle aura un beau talent ; elle a été mariée en Angleterre, mais, son mari étant fou, sa mère l’a reprise ; elle n’a que dix-sept ans, n’est pas jolie, mais a de très bonnes manières. Voici tous mes renseignements ; je ne sais pas si je me suis bien expliquée, mais je crains de m’être perdue dans la mère et la fille ; au reste réponds-moi encore là-dessus. Si tu veux la fille, elle partira avec son vieil oncle, restera à Milan comme tu le dis ; mais le seul inconvénient que j’y vois pour toi, c’est qu’elle n’accompagne pas assez bien la partition ; sauf cela, elle est très bien. Adieu, je n’en puis plus de toutes mes explications ; c’est qu’avant tout je pense à toi dans mes recommandations et je cherche ce qui pourrait le mieux te convenir. Je t’embrasse ainsi que ma soeur et je n’ose pas relire ma lettre de peur de n’y rien comprendre.
Hortense

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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
24 juillet 1813, Aix
J’avais oublié de t’envoyer une lettre que M. Palluel m’avait prié de te recommander ; il t’abandonne son fils et serait plus heureux si tu voulais l’employer dans le civil. Les mères redoutent naturellement le boulet de canon. Cependant si tu ne peux pas faire autrement, la sienne se résignera.
Voici l’Impératrice qui va à Dresde. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est toujours une prolongation d’armistice et c’est toujours bon. Nous avons ici un temps affreux et, sans cela, les eaux me feraient du bien, mais j’espère encore du mois d’août.
M. et Mme de Pourtalès sont venus passer huit jours avec moi ; c’est un ménage charmant et qui fait plaisir à voir par la manière dont ils sentent leur bonheur. J’ai fait la partie avec eux, si Dieu le veut, de revenir l’année prochaine ici et d’aller ensemble aux îles Borromées. Tu penses bien que j’espère être assez forte pour aller plus loin et jouir enfin du bonheur d’embrasser toute ta petite famille.

Mes enfants sont bien heureux à Malmaison ; on les gâte un peu, mais, pourvu que cela ne fasse rien à leur caractère, je m’en console. Tu ne sais pas que Louis a une passion pour toi ; quand il sera grand, il dit toujours qu’il fera comme Nonnonque Eugène. Il t’écrit sans cesse et prie bien qu’on mette ses lettres à la poste ; ce sont de beaux griffonnages ; mais je veux t’envoyer une lettre écrite avec son maître et qui te montrera son talent ; c’est étonnant pour son âge et le peu de temps qu’il apprend. Mme de Boucheporn m’écrit un petit trait de lui qui m’a touchée ; il vit qu’un doigt manquait au soldat qui monte la garde à Malmaison : il lui demanda pourquoi il ne l’avait plus ; le soldat lui raconta fort longuement ses souffrances et ses exploits et le besoin qu’il avait de sa retraite. Louis lui dit : « Ce serait pour aller voir votre maman, n’est-ce pas ? » Et il ne fut plus question de cela durant un mois. Il y a quelques jours, le ministre de la Guerre dînant à Malmaison, Louis, sachant qu’il donnait des congés, alla lui parler du soldat ; le ministre lui promit de s’en occuper et il arriva auprès de Mme de Boucheporn les larmes aux yeux et lui dit : « Je suis bien content ; j’aurai fait un homme heureux dans ma vie » ; ce sont ses propres paroles. Tu juges combien il est doux de voir un bon petit coeur se montrer si jeune. J’en jouis et je sens que ce bonheur-là peut donner le courage de supporter bien des choses ; mais adieu ; je fais bien la maman, mais je suis sûre de ne pas ennuyer un bon père. Je t’embrasse ainsi que ma soeur et ta petite famille.
Hortense

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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
24 octobre 1813, Malmaison
Mon cher Eugène, voici la conversation que je viens d’avoir avec le duc de Rovigo. Je lui demande où il croit que tu seras obligé de faire ta retraite. Il me répond : « A Milan », et le résultat de son opinion le voici : que les Autrichiens, 20 000 hommes, entrent dans le Tyrol, la seule chose que tu pourrais faire est de conserver ton armée et d’abandonner plutôt l’Italie ; car, si tu n’as plus d’armée, il est impossible de la refaire, au lieu qu’en la conservant, tu as l’espoir d’y retourner. Il dit que tu as écrit au ministre de la Guerre qui n’osera rien prendre sur lui, et que, dans ces occasions-là, il faut faire toujours à sa tête et ne jamais attendre des conseils de cinq cents lieues ; enfin je crois devoir te mander tout cela ; tu en feras ce que tu voudras : soigne ton armée et ta personne, c’est l’essentiel.
Il n’ y a plus de doute que l’Empereur revient sur le Rhin. Le pourra-t-il ? Mais, depuis quinze jours, aucune nouvelle ; c’est désolant et je vais retourner dans ma solitude, car de venir dans le monde me fait un mal affreux ; l’on se laisse monter la tête aussi et l’on se désole : il n’y a malheureusement que trop de quoi.
Le général de Wrède est, dit-on, entré à Würzbourg avec des troupes bavaroises. L’Empereur serait-il donc cerné ? Mon Dieu, que cela est triste ! Et toi, quelle position tu as ! Elle intéresse tout le monde. Mais nous, nous ne respirerons que quand nous te saurons revenu sur l’Adige et peut-être encore plus près.
Adieu, je t’embrasse et t’aime comme tu en as besoin dans ce moment.
L’on dit à Paris que le roi de Bavière t’a écrit pour te proposer le royaume d’Italie, mais que tu l’as refusé : tu vois que l’on te connaît et que l’on devine toujours ce que tu ferais si tu te trouvais dans une telle position.
« Fais ce que tu dois, advienne que pourra », mais adieu, et Dieu veuille qu’advienne bien.
Notre mère t’embrasse.
Ta pauvre femme ! Je devine tout ce qu’elle éprouve.
Hortense.

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 » Depuis la mort du grand maréchal Duroc, sa place restait vacante. L’Empereur aimait M de Flahaut et l’avait envoyé avec beaucoup de satisfaction dans la dernière campagne. Il y pensa pour cette place. Le duc de Rovigo, qui avait quelque prétention de l’obtenir, parla à l’Empereur du sentiment que M de Flahaut avait pour moi et dont on s’occupait à Paris. L’Empereur voulait pour son grand maréchal un homme tout à lui. Il redouta une influence qui ne serait pas uniquement la sienne… »
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.109)

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La Comtesse d’Albany Lettres inédites de Madame de Souza (et d’autres…)(Le Portefeuille de la comtesse d’Albany : 1806-1824, par Léon-G. Pélissier)avec l’autorisation de

 Les annotations (en italique) sont de Léon-G. Pélissier ; Les passages [entre crochets] sont dans Saint-René Taillandier ; « Néné » est le surnom que Mme de Souza a donné à Charles de Flahaut, son fils ; les sujets concernant Charles de Flahaut sont reproduits en rouge ; l’orthographe ancienne est respectée.

 lettre de Madame de Souza à la comtesse d’AlbanyParis, novembre 1813

 
Ma très chère amie, Charles se portait bien le 25, ( Octobre. ce fut le 5 décembre que les derniers cavaliers français repassèrent le Rhin et que les débris de l’armée – 40.000 hommes environ – se trouvèrent réunis à Mayence où éclata une terrible épidémie de typhus.) et avoit été fait général de division : c’est tout ce que je puis vous dire. Depuis il n’y a pas de nouvelles. Je vous aime de tout mon coeur ; c’est tout ce que je puis vous dire jusqu’à ce que je les sache arrivés à Mayence.
Vous connoissez les supplices des conversations de Paris, où chacun donne ces (sic) rêves pour des prophéties.
Donnés-moi des nouvelles du fils de notre amie et de votre santé. Puissent-elles (Pre. red. : Faites qu’elles soyent) être un peu rassurantes.
Adieu, chère amie, je vous embrasse. Et j’ai depuis dix-sept jours mes grandes douleurs, mais aujourd’huy je suis un peu mieux. (Note marginale au crayon : « Cospirazione de’ Tedeschi confederati. » Lettre cotée n°9)