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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 20 juillet 1813, Aix

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 20 juillet 1813, Aix
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
20 juillet 1813, Aix
Je reçois ta lettre, mon cher Eugène, et je vois que tu ne dois pas rester longtemps à Milan, ce qui me montre qu’il faut renoncer à nous voir encore cette année. Je souffre toujours un peu de la poitrine, ce qui m’obligera à continuer les eaux ici jusqu’à la fin d’août ; le temps est si mauvais que j’attends la chaleur avec grande impatience, et peut-être faut-il renoncer pour cette année aux bains de mer. Mais cela m’afflige, bien que nous ne puissions pas nous voir. Enfin, si nous avons la paix, je compte bien que tu viendras à Paris ; cet espoir me consolera.
Tu me réponds pour la jeune personne, mais si c’est pour donner des leçons à tes filles la mère vaudrait mieux ; je ne veux encore rien décider que je ne sache ce que tu désires. Si c’est pour jouer de la harpe et chanter avec ta femme, la jeune personne convient ; alors, je te l’envoie avec les conditions que tu as fait ; mais je te préviens que, sur le piano, elle ne déchiffre pas assez bien pour t’accompagner quand tu chanteras, ce qui serait bien agréable pour toi. Pour la mère, c’eût été différent ; elle montre tout et serait, je crois, utile pour donner des leçons à tes petites filles et t’accompagner si cela te convenait. Mais elle possède une famille trop considérable pour pouvoir vivre avec cent louis sans être logée ; tu vois que j’entre dans tous les détails, parce que je ne veux pas te charger d’une famille sans être sûre que cela puisse te convenir tout à fait ; et si tout cela pouvait loger dans ta maison d’éducation, comme maîtresses, tu donnerais cent louis et tu aurais la mère, la fille et toute la famille à tes ordres ; je tiens à la mère pour tes filles qui sont dans l’âge de commencer la musique, et tu jugerais toi-même à quoi elle peut t’être bonne. La fille seule te conviendrait pour ma soeur, si elle le désire ; elle a joué de la harpe dernièrement chez l’Impératrice qui en a été contente. Elle a une voix superbe et Paer dit qu’elle aura un beau talent ; elle a été mariée en Angleterre, mais, son mari étant fou, sa mère l’a reprise ; elle n’a que dix-sept ans, n’est pas jolie, mais a de très bonnes manières. Voici tous mes renseignements ; je ne sais pas si je me suis bien expliquée, mais je crains de m’être perdue dans la mère et la fille ; au reste réponds-moi encore là-dessus. Si tu veux la fille, elle partira avec son vieil oncle, restera à Milan comme tu le dis ; mais le seul inconvénient que j’y vois pour toi, c’est qu’elle n’accompagne pas assez bien la partition ; sauf cela, elle est très bien. Adieu, je n’en puis plus de toutes mes explications ; c’est qu’avant tout je pense à toi dans mes recommandations et je cherche ce qui pourrait le mieux te convenir. Je t’embrasse ainsi que ma soeur et je n’ose pas relire ma lettre de peur de n’y rien comprendre.
Hortense