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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 24 juillet 1813, Aix

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 24 juillet 1813, Aix
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
24 juillet 1813, Aix
J’avais oublié de t’envoyer une lettre que M. Palluel m’avait prié de te recommander ; il t’abandonne son fils et serait plus heureux si tu voulais l’employer dans le civil. Les mères redoutent naturellement le boulet de canon. Cependant si tu ne peux pas faire autrement, la sienne se résignera.
Voici l’Impératrice qui va à Dresde. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est toujours une prolongation d’armistice et c’est toujours bon. Nous avons ici un temps affreux et, sans cela, les eaux me feraient du bien, mais j’espère encore du mois d’août.
M. et Mme de Pourtalès sont venus passer huit jours avec moi ; c’est un ménage charmant et qui fait plaisir à voir par la manière dont ils sentent leur bonheur. J’ai fait la partie avec eux, si Dieu le veut, de revenir l’année prochaine ici et d’aller ensemble aux îles Borromées. Tu penses bien que j’espère être assez forte pour aller plus loin et jouir enfin du bonheur d’embrasser toute ta petite famille.

Mes enfants sont bien heureux à Malmaison ; on les gâte un peu, mais, pourvu que cela ne fasse rien à leur caractère, je m’en console. Tu ne sais pas que Louis a une passion pour toi ; quand il sera grand, il dit toujours qu’il fera comme Nonnonque Eugène. Il t’écrit sans cesse et prie bien qu’on mette ses lettres à la poste ; ce sont de beaux griffonnages ; mais je veux t’envoyer une lettre écrite avec son maître et qui te montrera son talent ; c’est étonnant pour son âge et le peu de temps qu’il apprend. Mme de Boucheporn m’écrit un petit trait de lui qui m’a touchée ; il vit qu’un doigt manquait au soldat qui monte la garde à Malmaison : il lui demanda pourquoi il ne l’avait plus ; le soldat lui raconta fort longuement ses souffrances et ses exploits et le besoin qu’il avait de sa retraite. Louis lui dit : « Ce serait pour aller voir votre maman, n’est-ce pas ? » Et il ne fut plus question de cela durant un mois. Il y a quelques jours, le ministre de la Guerre dînant à Malmaison, Louis, sachant qu’il donnait des congés, alla lui parler du soldat ; le ministre lui promit de s’en occuper et il arriva auprès de Mme de Boucheporn les larmes aux yeux et lui dit : « Je suis bien content ; j’aurai fait un homme heureux dans ma vie » ; ce sont ses propres paroles. Tu juges combien il est doux de voir un bon petit coeur se montrer si jeune. J’en jouis et je sens que ce bonheur-là peut donner le courage de supporter bien des choses ; mais adieu ; je fais bien la maman, mais je suis sûre de ne pas ennuyer un bon père. Je t’embrasse ainsi que ma soeur et ta petite famille.
Hortense