(pas de titre)

Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 24 octobre 1813, Malmaison

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 24 octobre 1813, Malmaison
Toutes les correspondances de l'année :
Contenu de la correspondance:

Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
24 octobre 1813, Malmaison
Mon cher Eugène, voici la conversation que je viens d’avoir avec le duc de Rovigo. Je lui demande où il croit que tu seras obligé de faire ta retraite. Il me répond : « A Milan », et le résultat de son opinion le voici : que les Autrichiens, 20 000 hommes, entrent dans le Tyrol, la seule chose que tu pourrais faire est de conserver ton armée et d’abandonner plutôt l’Italie ; car, si tu n’as plus d’armée, il est impossible de la refaire, au lieu qu’en la conservant, tu as l’espoir d’y retourner. Il dit que tu as écrit au ministre de la Guerre qui n’osera rien prendre sur lui, et que, dans ces occasions-là, il faut faire toujours à sa tête et ne jamais attendre des conseils de cinq cents lieues ; enfin je crois devoir te mander tout cela ; tu en feras ce que tu voudras : soigne ton armée et ta personne, c’est l’essentiel.
Il n’ y a plus de doute que l’Empereur revient sur le Rhin. Le pourra-t-il ? Mais, depuis quinze jours, aucune nouvelle ; c’est désolant et je vais retourner dans ma solitude, car de venir dans le monde me fait un mal affreux ; l’on se laisse monter la tête aussi et l’on se désole : il n’y a malheureusement que trop de quoi.
Le général de Wrède est, dit-on, entré à Würzbourg avec des troupes bavaroises. L’Empereur serait-il donc cerné ? Mon Dieu, que cela est triste ! Et toi, quelle position tu as ! Elle intéresse tout le monde. Mais nous, nous ne respirerons que quand nous te saurons revenu sur l’Adige et peut-être encore plus près.
Adieu, je t’embrasse et t’aime comme tu en as besoin dans ce moment.
L’on dit à Paris que le roi de Bavière t’a écrit pour te proposer le royaume d’Italie, mais que tu l’as refusé : tu vois que l’on te connaît et que l’on devine toujours ce que tu ferais si tu te trouvais dans une telle position.
« Fais ce que tu dois, advienne que pourra », mais adieu, et Dieu veuille qu’advienne bien.
Notre mère t’embrasse.
Ta pauvre femme ! Je devine tout ce qu’elle éprouve.
Hortense.