" La situation ici est très tendue, et je serais étonné si nous n'avions pas d'ici peu un conflit entre les pouvoirs."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.308)
"La situation devient brûlante ici, et je serais étonné qu'elle se prolongeât longtemps sans un conflit entre les pouvoirs de l'Etat. Le Président a ordonné de déchirer dans toutes les casernes l'ordre de l'Assemblée Constituante aux troupes d'obéir aux réquisitions de l'Assemblée. Cette réponse directe à la proposition des Questeurs doit nous mener à une issue. Vous saurez avant longtemps s'il se passe du nouveau. Je vais chez le Président...Que dois-je faire de l'échantillon des bas que Chalotte a donné à Greystone ?
* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.143-144)
toute la correspondance échangée entre Charles de Flahaut et sa femme Margaret Mercer Elphinstone
"Il est préférable que l'on n'ait pas eu à foncer ; pour que l'opération soit vraiment parfaite, il faut pouvoir la présenter aux bonnes gens de province, comme une entreprise héroïque de salut, rendue nécessaire par la menace "rouge". Si l'on eût agi le 17 novembre, le coup aurait été dirigé contre le Parti de l'Ordre et aurait ainsi créé une scission entre le Président et les hommes de ce parti."
* Le coup du 2 décembre (Henri Guillemin / Gallimard / p.316)
"Malgré mon attachement bien naturel pour le Prince, j'espère bien que vous ne le mettez pas en comparaison avec l'affection que je vous porte."
* Dans l'entourage de l'Empereur (Emile Dard / Plon / p.59)
" Demain, nous en saurons davantage que ce que vous avez entendu dire à Belgrave Square et j'espère vous dire alors la date de mon retour...J'ai dîné hier chez Mme de Vatey. Nous étions 10, dont 2 députés et 1 colonel (homme fort beau et d'aspect vraiment militaire). La conversation suivante s'engagea. Je dois vous dire d'abord que quelqu'un avait raconté que deux régiments revenant d'une revue et passant devant la Chambre, il y a une quinzaine de jours, avaient bousculé exprès un groupe de députés sur les trottoirs. L'un des deux députés qui dînaient hier se plaignit de l'incident. Alors le colonel, ignorant sa qualité, dit :" - Que voulez-vous, c'est l'esprit de nos soldats. Nous n'aimons pas les bavards et au lieu de les bousculer nous aurions préféré les jeter dans la Seine."(Le Député) : " - Mais permettez, mon colonel, j'ai l'honneur d'être député, et ce que vous dites-là ne serait pas aussi facile que vous voulez bien le croire(Le colonel) : " - Monsieur, je vous demande bien pardon. Je ne savais pas que vous étiez député, sans quoi je ne me serais pas permis de dire une chose qui a pu vous être désagréable. Mais enfin c'est dit, et tout ce que je puis ajouter, c'est que j'espère que vous savez nager !"L'esprit réactionnaire est poussé à ce point que l'autre jour un Anglais fut refusé (black-balled) au Club parce qu'il s'appelait Gladstone.."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.309)* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.156-157)
toute la correspondance échangée entre Charles de Flahaut et sa femme Margaret Mercer Elphinstone
Chère Mme de Flahaut
J'ai répondu en partie à vos questions politiques par quelques éclaircissements que M. de Flahault a dû vous donner et par l'envoi de la Constitution (On étudiait alors la révision de la Constitution de 1848).
Vous devez bien comprendre aujourd'hui quelles sont les chances légales qu'a le Président pour sa réélection. A mon avis, il n'en a aucune, et la solution ne peut être que extra-légale. Ainsi que vous avez pu en juger, les pouvoirs du président expirent avec ceux de l'Assemblée, et si l'Assemblée actuelle n'a pas déclaré la constitution révisable, elle préside elle-même à l'élection présidentielle et veille à l'application rigoureuse de la loi. De sorte qu'elle peut étouffer la volonté populaire en déclarant nuls tous les bulletins anticonstitutionnels. Donc il fait qu'aux trois quarts des vois de l'Assemblée actuelle la Constitution soit déclarée révisable, ou bien qu'un conflit arrive qui supprime un des deux pouvoirs. Je ne crois pas que les trois-quarts des voix puissent se trouver d'accord dans notre Assemblée, ou une simple majorité est déjà difficile à former. (Morny avait raison. Bien que la majorité de l'Assemblée se fût prononcé, plus tard (le 19 juillet), en faveur de la révision, le nombre de voix requis n'était pas atteint) ; donc il faut tout attendre du hasard. J'ai l'idée qu'après le refus de la révision, l'Assemblée sera devenue si impopulaire qu'elle sera obligée à se retirer sous les imprécations du pays - mais enfin c'est toujours une mort violente.
Je vois que vous commencez aussi à entrer dans de grands embarras et j'avoue que je ne comprendrais pas la formation, ou au moins le durée d'un ministère tory. Avec les éléments de la Chambre des Communes et les circonstances qui ont précédé et causé la chute du ministère whig, je comprendrais plutôt une alliance entre Palmerston et les radicaux. Je crains que l'Angleterre n'entre dans de grandes difficultés, mais, malgré l'inquiétude générale, j'ai toujours foi dans le bon sens des habitants. je voudrais pouvoir en dire autant de mes compatriotes !
" Ainsi, M de Flahaut a refusé l'ambassade de Londres. A-t-il été sage ? Si sa conscience dit "oui", je n'ai rien à ajouter. Mais plus je pèse ses motifs, moins je les trouve bons… (plus je réfléchis à ses raisons, moins je les trouve bonnes) D'abord celle de Palmerston disparaît, je ne la discute plus (Lord John Russell venait de démissionner ; il retira d'ailleurs sa démission quelques temps après). Je pense que ses scrupules n'existeraient pas à l'égard de Lord Aberdeen ou de tout autre. Sa situation n'est-elle pas tout à fait différente de celle des autres serviteurs de l'ancien roi ? (Maintenant n-est-il pas une exception parmi ceux qui ont servi le dernier roi ?) Son attachement pour l'Empereur et pour la reine H. (Hortense) ne serait-il pas une justification suffisante pour qu'il témoignât un dévouement particulier au prince Louis ? Quant à (son objection de) servir la République, elle ne peut être prise au sérieux. Cavaignac ou Ledru-Rollin étaient la république, mais depuis l'établissement de la présidence la république n'existe plus que de nom… (La République c'était Cavaignac ou Ledru-Rollin. Depuis la Présidence, la République n'est plus qu'un mot, qu'une forme, qui ne répugne que par son instabilité, mais qui n'est plus qu'une objection pour ceux qi préfèrent la Monarchie.) (puisqu'au fond,) c'est le prince Louis qui gouverne (qui représente le gouvenement). On peut lui faire certains reproches - sa personnalité, les souvenirs qu'il évoque, les espoirs qu'il éveille - mais ce ne sont pas eux qui troublent M de Flahaut, au contraire ! (C'est sa personne, les souvenirs qu'il rappelle, les espérances qu'il fait naître, qui sont les vraies objections. Or ce n'est pas ce qui arrête M de Flahalt, c'est le contraire.) Le prince regrette infiniment son refus. (Le Prince a beaucoup regretté son refus) S'il pouvait, en raison (considération) de la gravité de la situation intérieure, de l'importance des bonnes relations entre la France et l'Angleterre (de l'utilité extrême des bons rapports entre la France et l'Angleterre) et du fait qu'il est en son pouvoir de rendre de si grands services, reconsidérer la chose, je vous en prie, faites-le moi savoir. (S'il revenait sur son refus, dites-le moi.) Le prince serait charmé et l'enverrait immédiatement à Londres. (Cela enchanterait le Prince qui lui confierait l'ambassade de Londres immédiatement.)
Adieu, chère Madame de Flahaut. Je ne sais si [vous] pourrez lire ma mauvaise écriture ! Croyez à ma bien sincère et bien profonde affection.
AUGUSTE
Je finis ma lettre lundi, 24 février (L'anniversaire de la Révolution du 24 février 1848). Quelle date ! pardonnez-la-moi.
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.305-306)* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.118-119)
"C'est pour une large part grâce à lui (Charles) que le coup d'Etat et ses conséquences, après quelques marques d'hostilité à ses débuts, fut en somme accueilli avec une relative sérénité en Angleterre."
* Morny et son temps (Parturier / Hachette / p.95)
"... J'aimerais à connaître l'opinion de Flahault là-dessus. (éventuelle invasion de l'Angleterre comme moyen pour Louis-Napoléon de consolider son usurpation)"
* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.204)
" Je reçois votre lettre et m'empresse d'y répondre. J'ai dit au Pr[ince] qu'il pouvait compter sur moi pour lui rendre tous les services en mon pouvoir (tout ce qui pourrait lui être utile) et vous savez combien je désire (je suis disposé à) tenir ma promesse. Il peut donc être assuré de mon zèle et de mon dévouement (compter sur mon empressement et dévouement), mais je ne suis pas sûr, si j'étais à sa place (je ne crois pas qu'à sa place) , que je donnerais à la notification qu'il veut me charger de faire l'importance d'une mission extraordinaire. Lorsqu'on a affaire à des têtes couronnées avec tout leur formalisme et leurs traditions, il faut s'attendre à rencontrer des difficultés, et la notification peut n'être pas reçue d'une manière digne de son importance. (Il faut prendre garde, avec les têtes couronnées, de rencontrer dans les usages et étiquettes établis des obstacles à une réception équivalente à l'importance de la démarche.) Il n'y a de précédent que ce qui regarde le Président des Etats-Unis, et je ne pense pas qu'il ait jamais notifié son élection de cette manière. Vous savez que c'était mon opinion à Paris relativement à toutes les cours. Les agents accrédités sont les plus convenables pour toutes les communications à faire aujourd'hui."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perin / p.315-316)* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.210)
" Je suis certain que le but du prince, en usant de missions extraordinaires pour annoncer son élection à la présidence décennale, est de mettre en valeur l'énorme majorité du plébiscite. L'étiquette non seulement empêcherait ce but d'être atteint, mais tendrait même à minimiser le fait. Il serait sage d'éviter ce désappointement."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.316)
"J'ai vu hier matin Lord John Russell et Lord Granville, et j'ai eu une longue conversation avec chacun d'eux.
Il n'y a pas de doute que le renvoi de Palmerston, car c'est d'un renvoi qu'il s'agit (car c'est ainsi qu'il faut l'appeler), est dû au fait que Turgot (le ministre des Affaires étrangères français) ait cmmuniqué à Normanby (l'ambassadeur anglais) le contenu des dépêches et lettres confidentielles qu'il avait reçues de Walewski (notre envoyé à Londres)…(a été la conséquence de la communication par Turgot à Normanby des dépêches et lettres confidentielles qu'il avait reçues de Walewski). Cette communication ne pouvait être d'une grande utilité, car il n'y a aucun avantage à éclairer Normanby sur les dispositions de son gouvernement, et en le faisant, on n'avait pour résultat que de le rendre mécontent de n'avoir pas reçu directement les instructions lui-même. Il est tout naturel qu'il s'en soit plaint.Lorsque Lord John Russell a découvert ce que Palmerston avait dit à Walewski, il a été très irrité (extrêmement blessé) de voir que le ministre (le secrétaire) des Affaires étrangères avait, sans son avis (sans y avoir été autorisé par lui), parlé au nom du gouvernement de Sa Majesté, et comme c'était une habitude depuis longtemps prise par ce ministre, qui avait déjà été la cause de dissentiments dans le Cabinet et avait causé un vif mécontentement, comme il arrive que la goutte d'eau fait déborder le verre, cette nouvelle indiscrétion a décidé de sa retraite.
Actuellement doit-on en conclure que le gouvernement anglais soit animé de mauvaises dispositions pour le Président ou la France ? je crois pouvoir affirmer que cela n'est pas. Je ne veux pas dire que la nature du coup d'Etat, les atteintes à la liberté individuelle qu'il a rendues nécessaires, la suppression de la représentation nationale, la suspension de la liberté de la presse soient des mesures qui ne soient pas antipathiques aux idées, aux principes, aux préjugés anglais, mais d'après tout ce qui m'a été dit et tout ce qui peut former ma conviction, je n'hésite pas à affirmer que, sans vouloir exprimer d'opinion sur ce qui vient de se passer, le gouvernement anglais a la ferme intention d'entretenir avec nous les relations les plus amicales, et qu'il désire vivement que le Président triomphe dans son entreprise.
Voilà donc toute la vérité, les causes de la modification ministérielle qui vient de s'opérer et à quoi se bornera son effet. J'ajouterai qu'on blâme extrêmement Ld Normanby d'avoir exprimé aucune opinion sur les événements de Paris. On trouve qu'en le faisant il est sorti des devoirs de sa position, et Ld John m'a promis qu'il recevrait un avertissement très sérieux de ne rien se permettre de semblable à l'avenir. J'ai la même assurance de Ld Granville et de Ld Lansdowne (Normanby fut en effet rappelé en février 1852. Lord Cowley lui succéda.)
Si le prince me permet d'avoir une opinion (veut bien me permettre de donner mon avis), je lui conseillerais (l'engagerais) de se satisfaire (à se contenter) de ce qui est (ce que l'on est disposé à faire ici) , quels que soient ses regrets du renvoi de Palmerston, de ne pas paraître y attacher d'importance (à ce changement) et de faire confiance aux bonnes intentions qu'on lui exprime. Priez-le aussi de ne pas faire de démarches tendant à obtenir le rappel de Normanby, car cela aurait peu de chance d'être accordé, et il en résulterait un état tendu dans les rapports, qui nuirait à la bonne intelligence entre les deux gouvernements.
Une grande partie de tout ce qui est arrivé eût été évitée s'il y eût une plus grande expérience pratique des affaires chez les hommes chargés de les conduire, mais c'est, voyez-vous, que la théorie ne suffit pas et qu'il faut aussi de la pratique.
Je veux encore revenir sur ce que je vous ai écrit hier. Croyez-moi, en envoyant des missions extraordinaires pour annoncer le vote immense qui porte le Prince à la Présidence decennal et lui donne tous les pouvoirs constituants, c'est de l'éclat qu'il voudra donner à cette manifestation. Eh bien, l'étiquette établie dans toutes les cours, loin de remplir ce but, ne fera que l'affaiblir et il en résultera du désappointement qu'il serait sage d'éviter.
Je joins ici un article qui a un caractère officiel et qui a été inséré dans le Globe, afin de contredire tout ce qui avait été publié dans les autres journaux."
Le duc de Morny (Gerda Grothe / Fayard / p.103)
Morny et son temps (Parturier / Hachette p.95)
Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.313-314)
Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.211 à 214)