16 octobre 1832 | Talleyrand à la princesse de Vaudémont | intrigues de Mme de Flahaut

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"Je suis ici au milieu des intrigues continuelles de madame de Flahaut, qui ne quitte pas lady Grey et qui tient là les plus mauvais propos sur notre gouvernement actuel : "- cela ne peut pas durer ; le ministère ne peut pas tenir ; il n'aura pas la majorité ; tout le monde le repousse…" C'est là ce qu'elle dit à tous les coins. Aujourd'hui, c'est chez lord Holland qu'elle tient ses assises. Avoir des affaires difficiles à conduire, et avoir de plus des calomnies de société qui se renouvellent à chaque heure, c'est insupportable. Le fait est que son mari à Paris et elle à Londres nuisent véritablement au nouveau ministère, et en vérité, c'est bien coupable. Je ne pouvais pas croire à tout ce que l'on m'avait dit sur cela ; à présent, je suis forcé de me trouver un imbécile quand je repoussais comme calomnie tout ce que j'entendais dire de ce ménage. J'oubliais de vous dire que madame de Flahaut fait des éloges pompeux de Sébastiani, ajoutant : 'Il faudra bien que le roi y vienne…"
 

Talleyrand (Lacour-Gayet / Payot / p.301)
Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.241)
Mémoires (Talleyrand. Tome 5 / Jean de Bonnot / p.22)

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" Je prends en horreur ces conseillers froids, si à la mode de notre temps, qui n'ont pour sabres que leurs plumes, pour sang que leur encre, et qui vous disent d'une voix miellée : " Il faut que le Gouvernement montre de la vigueur, que l'on juge militairement, qu'on fasse des exécutions militaires "
* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.360)

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" Je crois pouvoir vous annoncer le rétablissement de Sébastiani. Aujourd'hui, il est tellement mieux que j'espère pour lui une convalescence plus rapide que je n'osais d'abord m'en flatter. Sa maladie est arrivée dans un moment inopportun, mais je ne crois pas que cela amène de changement dans le ministère. Il sera en état de reprendre les affaires avant que son successeur intérimaire d'Argout, ait eu le temps de se mettre au fait.
On est inquiet ici du bruit qui se répand que les ratifications ne vous arriveront pas le 15. Ce serait bien malheureux, et donnerait beaucoup de force au parti de la guerre ; et si une fois elle commence, au lieu de quelques millions de florins et d'une navigation de quelques canaux, il s'agira de la destruction de la France ou du renversement de tous les trônes de l'Europe ; car, même les gens sages d'ici s'armeront d'un bâton surmonté d'un bonnet rouge. Après tous les efforts qu'on a faits pour la conservation de la paix, si les gouvernements étrangers se jouent de nous et désavouent leurs ambassadeurs, il n'y aura plus qu'à tirer l'épée."
 
* Mémoires (Talleyrand Tome 4 / Jean de Bonnot / p.387)

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"… Nos affaires intérieures et extérieures iraient bien sans la fâcheuse complication produite par la maladie de M Périer, celle de d'Argout, et l'état de Sébastiani, quoique ce dernier se soit fort remis depuis quelques temps. M Périer n'a plus de choléra, mais une guérison de la façon de Broussais (Le docteur Broussais, professeur à la faculté de Paris (1772-1838), le chef de l'école physiologique qui, après avoir été fort en vogue, était tombée dans un discrédit complet) équivaut à une maladie mortelle. En attendant, les intrigues ministérielles vont leur train, et il existe toujours des faux frères."
 
* Mémoires (Talleyrand Tome 4 / Jean de Bonnot / p.446)

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" Cette horrible maladie, écrit-elle le 25 août 1832, me laisse entourée de morts et de mourants. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés, et, sans même avoir le choléra, il règne à Paris des douleurs d'estomac qui causent un grand abattement. J'en éprouve la langueur, la tristesse. Auguste aussi. En outre j'ai chez moi une femme de chambre qui se meurt de la poitrine. Heureusement que ce n'est pas ma vieille Polly, mais enfin c'est du noir tout autour de moi. Mme de Vaux que je voyais beaucoup est morte en huit heures de ce choléra. Il faut dire cependant qu'il n'est mort personne que pour avoir négligé les premiers symptômes.
Je veux faire de Louis XII un roman dialogué en trois parties... mais il faut pour tailler ma plume que j'ai fini de ces langueurs d'estomac. Du reste, cherchez et trouvez-moi des anecdotes qui mettent en action tout cela. Ah ! que je voudrais causer avec vous ! Pensons donc que le choléra est un terrible bouquet de nos quarante années de révolutions. Que je hais les révolutions! Et que je vous aime, mon vrai ami ! "

* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.357-358)

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" Mme de Vaudemont vient de mourir à soixante-quinze ans, ayant tellement craint la mort qu'elle n'a jamais voulu faire un testament pour ne pas y arrêter sa pensée. Ni vous, ni moi, n'aurons cette faiblesse, mais j'avoue que je n'aime pas trop à y ruminer. Elle viendra cette mort, quand elle voudra. Je la recevrai sans hâte, comme j'ai reçu cette bonne et mauvaise fortune, faisant de la philosophie, sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose.
" Nous voilà revenus d'Anvers. Les Belges ne la défendront pas si bien que nous l'avons attaquée, si les Hollandais y reviennent quand nous serons partis. Il faudra y retourner, et cette guerre pourrait s'appeler des va qui vient. En attendant, mon fils se porte très bien de cette campagne, qu'il a faite comme un jeune homme. Cela ne m'étonne point, car nous autres, pauvres mères, nos enfants ont beau avoir des cheveux blancs, ce sont toujours nos petits. J'ai lu dans Mme de Sévigné, 31 janvier 1689 (d'abord il faudra vous souvenir qu'à la Cour de Louis XIV on continuait à nommer Jacques II le roi d'Angleterre et Guillaume le Prince d'Orange) : " Le prince d'Orange est assez mal content à Londres. Il y a trois partis. Celui du Roi et des évêques fort petit, celui du prince d'Orange fort grand, puis celui des républicains et non-conformistes. " Mettez à cela les noms du jour, sans le dire à votre grand Charles, (Charles deNugent, petit-neveu de M. Le Roi, qui, attaché à la branche aînée des Bourbons, n'aurait pas goûté cette allusion transparente à Charles X, à Louis-Philippe et aux libéraux qui préparaient 1848.) et portez-vous bien. Ne croyez-vous pas que les hommes tournent comme le monde, chacun sur leurs pivots. Adieu, mon vrai ami, écrivez-moi. Ne me parlez plus de votre âge. Vous êtes plus jeune, plus aimable, que toute cette jeune France qui se rengorge, sans savoir pourquoi. Croyez que vous n'avez pas de meilleure amie que moi et qui vous apprécie mieux.
" Les premiers mots de cette lettre ont été écrits le 28. Depuis, cette mort de Mme de Vaudemont, que j'ai beaucoup connue autrefois, m'a attristée. Je la finis donc ce 4 janvier, mais je vous aime cette année-ci comme les autres. "

* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.361-362)

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" La conférence s'efforce de terminer ses affaires avant le départ de M de Talleyrand. Tant mieux pour Durand s'il trouve les choses faites ; c'est une tâche assez difficile que celle de remplacer M de Talleyrand auprès de ces messieurs, car il parle d'être absent quatre mois dans ce moment-ci… Pourquoi n'est-ce pas toi ? Il y a des choses que je n'ose presque pas m'avouer, ce n'est pas pour te les écrire ; aussi, tu attendras notre premier entretien…"
 
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.238)

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" L'intention de Mgr le duc d'Orléans étant de vous avoir auprès de lui pendant la campagne qui va s'ouvrir, je vous annonce que vous êtes autorisé à vous rendre au quartier général de l'armée du Nord."
 
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.241-242)

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" On ne tarda pas à m'y poursuivre ; on insistait pour que je retournasse immédiatement en Angleterre. Ces instances tenaient à une autre intrigue. On voulait établir que M Durand de Mareuil qui me remplaçait était insuffisant, parce que je lui avais donné la préférence sur M de Flahaut, vivement appuyé par le général Sébastiani…
Mon retour en août suffira pour déjouer l'intrigue Flahaut-Sébastiani et on me laissa tranquille."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.240)

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" Je savais avant d'avoir lu la lettre que tu m'as envoyée, mon cher Montrond, que M de Talleyrand ne m'avait pas trouvé assez homme d'affaires pour le remplacer pendant son absence de Londres. Il l'avait écrit à d'autres lorsqu'il demandait Durand avec tant d'insistance ; mais il n'avait pas ajouté, comme dans sa lettre à toi, que je m'étais fait du tort par mes deux voyages précédents. J'ai pu nuire effectivement à mes intérêts par mon zèle et mon empressement à servir les siens. Mais, quant à m'être fait du tort, je crois que c'est une accusation inventée pour expliquer sa préférence pour Durand, qui, au reste, peut être un collaborateur plus agréable que moi pour certains membres de la conférence.
Le fait est que j'ai mis une extrême délicatesse à éviter tout ce qui pouvait le blesser dans les missions qu'on m'avait données sans que je les eusse demandées ; que j'ai agi avec lui de la manière la plus franche, la plus confiante ; que je n'ai pas écrit une ligne sans la lui communiquer, et que j'ai employé l'influence que peuvent donner quatorze ans de liaison intime avec presque tous les membres du ministère anglais à les faire revenir de leur prévention contre lui. Ce n'était peut-être pas agir en homme de cœur, et j'en suis mal récompensé. Quant à mes missions, c'est au roi et au ministère des Affaires étrangères à juger si je les ai bien ou mal remplies."
* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.239)