(pas de titre)

1795

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Contenu de la correspondance:

 » Mille remerciements pour votre lettre affectueuse et consolante du 6 courant. Je partirai le plus tôt possible. Ne pensez pas que ce soit avec la lenteur que je mettrais pour retourner à Paris. Manitenant, je n’ai que du bonheur devant moi. Là, j’aurais la guillotine. Mon cousin (tel est le terme dont dorénavant Mme de Flahaut désignera le prince dans ses lettres) partira avec moi, mais il est nécessaire que vous connaissiez sa position. Hambourg est plein de gens dont il était connu et qu’il ne veut pas revoir. Mme de Sillery est à Altona, et il doit l’éviter d’abord par respect pour sa mère. De plus, il désire n’avoir aucun rapport avec une si méchante femme, car un écrivain de sa trempe est toujours à craindre. Ses ouvrages sont remplis de calomnies contre les personnes auxquelles elle a les plus grandes obligations. Il y a aussi, à trois lieues de Hambourg, le général Valence avec une nièce de Mme de Sillery, puis un certain M. Rivery, aide de camp de M. de Valence, est à Hambourg. Indépendamment des égards que mon cousin doit à sa famille, il a des raisons personnelles pour désirer ne jamais rencontrer aucune de ces personnes. Vous voyez, mon ami, qu’il sera nécessaire de trouver pour mon cousin une petite retraite entièrement séquestrée et de même pour moi. La plus petite maisonnette loin de la ville me sera la plus agréable. Plus je vivrai retirée et plus mon cousin pourra garder son incognito… Mais, par-dessus tout, évitons Altona. Je dois aussi vous donner des renseignements sur la situation pécuniaire de mon cousin. Son père a fait beaucoup d’affaires par le moyen de Walkiers… (Banquier anglais,) Mon cousin a même, en Angleterre, deux dépôts de 875.000 francs dont on ne peut obtenir aucun compte… Mon cousin a l’intention de suivre cette affaire. De tous les pillards du père de mon cousin, Walkiers (réfugié lui aussi à Hambourg) seul a été parfaitement généreux et désintéressé. Quoique créancier du père de mon cousin, Walkiers envoie maintenant une traite de 560 francs par mois, qui ne seront rendus que lorsque mon cousin sera rentré dans ses propriétés. Nous commencerons le voyage dans une quinzaine de jours… On réparera une voiture pour mon cousin… Nous partirons donc, moi et ma femme de chambre, et lui, et son fidèle domestique, (Beaudoin, valet de chambre du duc d’Orléans, qui lui demeura fidèle pendant l’exil.) dont je vous ai parlé. Je ne puis trouver de paroles pour exprimer combien je suis sensible à votre bonté. « 
Au bas de cette lettre, un post-scriptum du duc d’Orléans exprimait ses remerciements à Gouverneur Morris pour les bienfaits « que je dois, écrivait-il, à ma mère et à notre excellente amie « .

Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.173 à 175)
Louis-Philippe le méconnu (André Castelot / Perrin / 1994 / p.54 à 56)

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Contenu de la correspondance:

Elle a peint en termes pressants la triste situation de l’exilé (le futur Louis-Philippe), à qui le souvenir d’un père honni rendait l’existence difficile en Europe
« J’ai vu en Suisse le jeune duc d’Orléans. Sa manière de vivre est celle de son aïeul Henri IV. Toute son ambition est d’aller oublier en Amérique la grandeur et les souffrances qui ont accompagné sa jeunesse, mais il ne possède rien au monde. »
 » Monsieur, j’ai vu en Suisse le.jeune duc d’Orléans. Il a eu une querelle sérieuse avec Mme de Sillery (On sait qu’avant de monter sur l’échafaud M. de Genlis avait pris le titre de marquis de Sillery.) dont il avait tant à se plaindre. Mais ne répétez pas cela, car, si elle savait qu’il en a parlé, elle le persécuterait jusque dans sa retraite. Il est maintenant complètement étranger à cette dame et à ses principes, et il a même retiré sa soeur de ses mains et l’a confiée à la princesse de Conti, sa tante. Depuis qu’il a quitté l’armée, sa conduite à l’égard de sa mère a été parfaite. Lorsqu’il arriva à 1 l’armée autrichienne avec Dumouriez, l’archiduc et le prince de Cobourg le pressèrent avec instance d’entrer au service de l’Empereur. Il aurait conservé son rang et ses appointements de lieutenant général.
 » Quoique sans argent et ignorant ce qu’il deviendrait il refusa, disant qu »I ne voulait pas s’exposer à la mort de sa mère et de ses frères, et que, d’ailleurs, il ne servirait jamais contre son pays. Il partit aussitôt, accompagné d’un aide de camp, et traversa l’Allemagne dans un misérable petit cabriolet. Se trouvant persécuté en Suisse par les jacobins, il se sépara de son aide de camp et, suivi d’un seul serviteur, le même qui l’avait accompagné au moment de son émigration et qui abandonna courageusement son cheval à Dumouriez. Quand le prince et le général se séparèrent, il erra à pied dans les montagnes, ne dépensant que trente sous par jour pour se procurer sa nourriture, son gîte et satisfaire à autres besoins. Enfin, ne possédant plus dans le monde entier que trente francs, il revint trouver M. de Montesquiou qui lui donna des secours et lui procura une place de professeur dans un collège. Là, il enseigna la géographie en allemand sans que ni les maîtres ni les élèves sussent qui il était. Dans cette position il était si aimé que M. de Salis, aristocrate violent, jouissant d’une grande influence en Suisse (et qui l’eût fait chasser s’il l’eût connu), fut frappé des manières du jeune professeur et lui offrit la place de gouverneur de ses enfants. Lorsque je lui ai parlé de cet humble emploi, il me répondit qu’il aurait volontiers donné sa vie pour sa mère el ses frères et que, par conséquent, plus sa position le déroberait à ses ennemis, plus ces êtres chéris seraient en sûreté. Je suis convaincus que, s’il s’était conduit autrement, l’horrible Robespierre les aurait tous massacrés.
 » Sa manière de vivre est celle de son aïeul Henri IV.
 » Il est mélancolique, mais doux et modeste. Toute son ambition est d’aller oublier en Amérique la grandeur et les souffrances qui ont accompagné sa jeunesse ; mais il ne possède rien au monde. Ne pourriez-vous pas lui rendre le double service d’informer sa mère (La duchesse d’Orléans s’était réfugiée en Espagne avec M. Rouget de Folmont) de sa noble conduite, de sa vénération pour elle et de sa haine pour Mme de Sillery, dont la folie a perdu son père ? puis de l’informer lui aussi de sa mère et de ses moyens de subsistance et où sont ses frères, (Au sujet de la cruelle détention de ceux-ci, Mme de Flahaut, devenue Mme de Souza, écrira, le 17 mars 1824, à M. Le Roi :  » Faites venir les Mérnoires du duc de Montpensier. Cela a tout l’intérêt du roman le plus touchant, de la plus terrible tragédie. Il y a une peinture du prince de Conti si naturelle, si comique que ni Voltaire, ni Fielding, ni Richardson n’en approchent pour la vérité. En tout, depuis la première page, on est avec ces jeunes princes, et lorsqu’un même regard vous porte de leur berceau au Palais-Royal à leur cachot Marseille, on ne s’avise plus d’appeler malheurs de simples privations ou de misérables contrariétés. Je sais, et j’ai vivement senti que les malheurs du Roi, de la Reine, de ce jeune Dauphin m’ont inspiré une pitié plus grande encore, puisque leur destinée était plus grande et a été plus affreuse. Mais un ouvrage si bien, si simplement écrit, m’a touché et vous touchera. Du moins est-ce l’effet qu’il a fait à tout le monde. « ) de lui donner enfin les détails qui peuvent les concerner tous ?
Il se souvient de vous avoir vu et avoue qu’il était tellement sous l’influence des mauvais principes et des préjugés de sa gouvernante que vous n’avez pu le juger, mais il espère qu’un aussi bon ami de sa mère ne refusera pas de devenir le sien. Savez-vous que Mme de Sillery est à Hambourg avec M. de Valence (Gendre de Mme de Genlis.) et sa niece ? (Georgette Ducrest.) Adieu !
(Cette lettre n’était pas signée, mais Morris avait 1’habitude de mettre une suscription sur l’enveloppe indiquant de qui était et d’où venait la lettre.) « 

 

Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.26)
Louis-Philippe (Antonetti / Fayard / p.268)
Louis-Philippe (Duc de Castries / Tallandier / p.66-67)
Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.171 à 173)

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Contenu de la correspondance:

Mme de Flahaut « est dépensière et trop bavarde » ; elle leur fera perdre leur incognito.
* Louis-Philippe (Castillon du Perron / Perrin / p.113)