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Paris, dimanche [? novembre-décembre 1852] Charles de Flahaut à Madame de Flahaut | rencontre avec Louis Napoléon

Titre de la correspondance: Paris, dimanche [? novembre-décembre 1852] Charles de Flahaut à Madame de Flahaut | rencontre avec Louis Napoléon
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Contenu de la correspondance:

Veuillez dire à votre voisin que j’ai eu un très long entretien avec mon grand ami et qu’il se montre aussi raisonnable que possible. Votre voisin se ferait du tort ici s’il n’était pas extrêmement modéré dans son langage et sa conduite. On ressent une grande indignation contre les infâmes scélérats qui menacent tous les pays de la révolution et tous les souverains de l’assassinat, mais en même temps une grande confiance dans les dispositions du gouvernement anglais pour faire tout son possible afin de contrecarrer leurs sanglants desseins, et un respect et une admiration non moins profonds pour les lois et les sentiments qui ont fait de l’Angleterre l’asile de toutes les grandes infortunes politiques.
Permettez-moi à ce propos de rejeter toutes vos comparaisons comme tout à fait illogiques. Il aurait été fort injuste d’expulser quelqu’un qui vivait paisiblement en Angleterre sans jamais abuser de son hospitalité, même si l’on en avait eu le pouvoir. Je ne donc pas comment la tentative du boy Jones (Le « boy Jones » était un jeune homme pauvre d’esprit qui avait pénétré dans l’appartement de la Reine Victoria au château de Windsor en 1840.) pourrait être reprochée à une puissance continentale ou attribuée au fait qu’il y a résidé. J’espère qu’on usera d’aucun de ces arguments.
Alors que j’exprimais mes idées sur ce point à mon grand ami, je fus frappé de le voir sourire. Cependant je poursuivis, et quand j’eus fini, il me dit : « Vous m’avez vu sourire ! C’était parce que ce que vous me disiez était exactement ce que j’avais dit moi-même. Il est vraiment heureux qu’il en soit ainsi, car les autres puissances sont prêtes à une croisade contre l’Angleterre et déclarent que ce que N[apoléon] 1er essaya tant d’accomplir, son neveu pourrait le faire quelque jour. »
Vous pouvez dire tout cela à Clarendon, quoique Lord Cowley le sache et le lui ait même écrit. Dites tout à votre voisin confidentiellement, dans la mesure où je suis mis en cause…
Vous pouvez dire à tout ceux qu’il vous plaira que mon grand ami est très raisonnable et pacifique et ami de l’Angleterre. Il est très important de cultiver ces bonnes dispositions.
* Le secret du coup d’Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.308 à 310)