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Paris, mercredi 10 décembre 1851 | Charles de Flahaut à sa femme | les Orléanistes

Titre de la correspondance: Paris, mercredi 10 décembre 1851 | Charles de Flahaut à sa femme | les Orléanistes
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Contenu de la correspondance:

« Pourquoi adresser votre correspondance au Ministère de l’Intérieur ? Je suis toujours aux Champs Elysées. Le seul résultat est que vos lettres m’arrivent beaucoup plus tard.Les trois premiers jours je les ai passés presque entièrement à l’Intérieur, à assister Auguste et parce que lui et ses collègues m’avaient prié d’assister à toutes leurs délibérations ; mais puisque tout est calme je n’y vais plus que de temps à autre. Ils désiraient que j’y participasse, mais je leur ai dit que c’était impossible.Je serai navré que vos jeunes amis (Le prince de Joinville et le duc d’Aumale, qui auraient alors préparé une insurrection royaliste dans le nord de la France.) fussent ainsi insensés que vous me le dites, car ils n’ont aucune autre chance que celle d’être arrêtés. On a pris toutes les précautions pour fermer toute entrée en France. Quant au petit homme (Thiers. Il fut d’abord arrêté à Mazas, puis à Kehl sur le Rhin, où il fut relâché le 8 décembre. Il se rendit ensuite à Bruxelles, puis à Londres en janvier.), il a consenti à s’éloigner à l’étranger et traverse le Rhin à Strasbourg aujourd’hui.
Il n’ y a pas d’agitation politique sur aucun point du territoire, mais de multiples mouvements socialistes et communistes dans plusieurs départements : châteaux et maisons brûlés, propriétaires tués. De tous les rapports, il ressort qu’un soulèvement général de cette nature devait avoir lieu en France ; l’armée n’aurait pas suffi à en venir à bout. Tout le monde admet – même ceux qui boudent – que le coup d’Etat a sauvé le pays.Le Président a l’intention d’établir une Constitution, c’est-à-dire un Sénat, une Assemblée législative et un Conseil d’Etat. Il est parfaitement calme et nullement enivré de son succès. Lundi ses salons étaient combles, mais il n’y avait pas un des représentants ni leurs familles. Leur arrestaion fut une maladresse de la part de l’officier qui l’opéra ; il aurait dû seulement les disperser. Il est vrai que c’est volontairement qu’ils ont été incacérés depuis lors.
Mis à part quelques hommes hautement raisonnables comme le duc de Noailles, Broglie et Montebello, l’irritation est à son comble. Les gens refusent de se voir. J’étais hier chez Mme de Liéven avec Montebello, pourtant des plus modérés : eh ! bien, quand Fould entra, il se leva et s’en fut sans parler ni saluer. Le pauvre Auguste a inspiré des haines qui ne s’effaceront jamais. On dit que tous les députés arrêtés sont en rage contre Dupin, et je tiens pour certain que Falloux lui a déclaré que sa conduite avait été infâme. Pauvre, pauvre pays ! Chacun des députés qui fut arrêté préventivement à 6 heures du matin se trouvait chez lui, mais nul n’ignore qu’il s’agissait d’une lutte de vitesse entre l’Assemblée et le Président qui devait agir ainsi, à telles enseignes que s’il avait différé, il eût été arrêté lui-même et mis en accusation. Je regretterai profondément que l’Angleterre ne juge pas d’un bon oeil les derniers événements ; pourtant toute idée de despotisme militaire et d’intentions belliqueuses est parfaitement absurde. Le Président est aussi ami de l’Angleterre que son oncle lui était hostile.Les Orléans manquent de sagesse en se conduisant ainsi. A rester tranquille et à accueillir avec respect une décision prise par la France (confiscation des biens du roi déchu), ils auraient amélioré leur position pour toute éventualité à venir. Je le regrette vivement pour eux, mais il n’est pas possible de sacrifier ce pays à leur cause sans aucune chance même de leur être profitable. S’ils commettent une imprudence, ils mettent en danger leurs propriétés. (A noter que Flahault annonce ici, par anticipation, la confiscation des biens d’Orléans, qui fut effectivement décrétée le 22 janvier 1852)…Tous se récrient à la nouvelle de mon départ. »
* Le duc de Morny (Grothe / Fayard / p.113)* Dans l’entourage de l’Empereur (Dard / Plon / p.62)* Le secret du coup d’Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.173 à 176)

toute la correspondance échangée entre Charles de Flahaut et sa femme Margaret Mercer Elphinstone