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Paris, dimanche 20 avril 1851 | Charles de Flahaut à sa femme | situation politique et activité de Charles

Titre de la correspondance: Paris, dimanche 20 avril 1851 | Charles de Flahaut à sa femme | situation politique et activité de Charles
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Contenu de la correspondance:

« Broglie a grandement rendu service en formant le cabinet actuel . »
* Le coup du 2 décembre (Henri Guillemin / Gallimard / p.274)

Merci pour vos deux lettres dont j’ai reçu l’une à Bruxelles, l’autre ici…Tout est tranquille ici pour le moment, la Chambre étant en congé de Pâques. Cependant l’inquiétude de l’avenir est grande et peut s’accroître d’un jour à l’autre. Il est exact, vous le savez, que Guizot, Duchâtel,D. de Noailles, de Levis, etc.,etc., ont accepté la fusion et souscrit, qui 1000 francs, qui 10 francs, pour gagner l’Assemblée Nationale à leur cause. Ils n’ignorent pas que cette mesure n’a l’agrément ni d’Esher, ni de Claremont (Autrement dit : de la duchesse d’Orléans et de la reine Marie-Amélie) ; néanmoins ils n’en tiennent pas compte, car ils considèrent que ceux qui s’opposent à la fusion ne comprennent ni leur propre intérêt ni celui du pays et sont menés dans cette voie par l’entêtement et la passion de Thiers et de Lasteyrie, qu’ils ne se font pas faute d’injurier vertement.Leur raisonnement est le suivant : l’abdication du Roi a mis fin à la dynastie d’Orléans. Ce qu’une révolution a fait, une autre l’a détruit. Il est vain de parler de rétablir le comte de Paris sur le trône comme héritier de Louis-Philippe ; ce serait seulement en restaurant le principe de légitimité, et comme successeur d’Henri V ou par suite de sa mort, qu’il pourrait, en devenant ainsi l’héritier légitime et en obtenant l’appui de tout le parti monarchique, espérer être rétabli dans ses droits.
En attendant, ils déclarent que la seule chose à faire est de maintenir l’état de choses actuel et qu’il faut déployer tous les efforts pour proroger les pouvoirs du Président : ils sont prêts à le faire. Toutefois, ils reconnaissent qu’on ne peut agir dans ce sens en usant des seules voies légales, mais bien par un coup d’Etat de l’Assemblée. Comment cela finira-t-il – étant donné que Thiers, les Orléanistes purs, la Montagne et le parti Cavaignac s’y opposent – je renonce à le cmprendre.
J’ai vu Broglie, qui est l’homme le plus honnête de France. Il a grandement rendu service en formant le cabinet actuel. Il m’a prié de le rappeler à votre souvenir et à celui d’Emilie, et par elle au souvenir de Lord L. (Lansdowne).
rendez-vous compte de mon activité. Je suis passé hier m’inscrire d’abord chez le Président ; j’ai été ensuite chez Mmes de Noailles et de Girardin, chez Carbonel, Guizot, Mmes de Lobau, de Massa, de Caraman, Duchâtel et Richard Metternich. Je vous écris ces noms pêle-mêle, car je ne les ai pas trouvés à domicile, et pour les séparer des personnes que j’ai vues, c’est-à-dire Mme de Liéven, qui m’a reçu à bras ouverts, mais est furieuse que j’aie décliné ses soirées des dimanches. Sur place, j’ai vu également Lady Sandwich. Ensuite j’ai été chez Broglie, avec qui j’ai eu une bonne longue conversation. Guizot, je l’ai rencontré chez Mme de L[iéven]. Le soir, je me suis rendu à Passy, où je n’ai trouvé personne sauf la famille de Rémusat ; ce dernier m’a paru quelque peu timide. J’y dîne ce soir, demain chez Lady Sandwich, mercredi chez Mme de Liéven avec Changarnier, Broglie, Duchâtel et G. (Il s’agit de Guizot dont la princesse de Liéven avait été l’Egérie).
Le pauvre Exelmans a été à la gare pour me joindre, mais il était trop tard ; il est passé chez moi vendredi soir. Maintenant qu’il a son bâton (On lui avait conféré la dignité de maréchal de France en 1849), le voilà tout rajeuni.
Après vous avoir donné un récit détaillé de cette activité, je dois ajouter qu’elle m’est tout à fait odieuse ; mais on s’étonnerait de me savoir venu à Paris pour passer mes journées chez moi en robe de chambre. Pourtant si je restais à la maison j’aurais la compagnie d’Auguste, car il est patraque ; depuis mon arrivée, il n’est pas sorti de sa chambre et guère de son lit.
* Le secret du coup d’Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.125 à 128)
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