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Paris, lundi 29 octobre 1849 | Charles de Flahaut à sa femme | visites et conduite de Thiers

Titre de la correspondance: Paris, lundi 29 octobre 1849 | Charles de Flahaut à sa femme | visites et conduite de Thiers
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Contenu de la correspondance:

J’écrivais hier à Georgina que ma visite au P[rince] avait été différée à cause d’une mauvaise douleur qui le prend souvent, paraît-il. Je dois le voir ce matin et je voudrais que la visite fût déjà terminée.
Hier j’ai fait de nombreuses visites sans trouver personne. Chez Molé, la concierge, une espèce de bonne femme coiffée d’un bonnet rond, me dit qu’il était sorti. Je pense toutefois qu’elle a eu un remords de conscience (c’est vraiment extraordinaire étant donnée la personnalité du maître de maison), car elle me demanda si j’étais un Représentant : parce que : – me dit-elle, – il est chez lui, mais j’ai reçu l’ordre de n’introduire que quelques Représentants. – Je laissai ma carte et m’en fus.
J’ai dîné chez … (Flahault n’a pas indiqué le nom de son hôte. C’était évidemment Mme Le Hon, « la voisine ».) en compagnie des gens les plus invraisemblables que vous puissiez imaginer : deux dames, Mme Leroux, belle-mère du fils de Bauffremont, et Mme Conrad Lagrange, sorte de muse tragique grecque, vêtue comme une tireuse de cartes ; Luttrel, Bauffremont, Richelieu, Bellocq et un secrétaire de la légation de Toscane à qui elle donna son bras pour aller dîner : du dernier ridicule. La première parole qu’elle m’adressa était pour me prier de ne pas parler de la présence d’ A.W. (Il s’agit du comte Alexandre Walewski, intime des Flahault. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi la présence de Walewski à Paris devait rester aussi secrète), qui y dînait. Puisque c’est un secret (ce que j’ignorais), prière aux enfants de n’en point souffler mot. Je ne peux pas résister au désir de vous faire part de ce secret. Je ne m’explique pas, d’ailleurs, pourquoi il est passé chez moi, alors que jamais il ne m’avait fait cet honneur à Londres ! Holland part pour Londres changer d’air. Après dîner, Auguste est venu me prendre et nous sommes allés chez Thiers. Pour quelqu’un qui ne l’a pas vu depuis un certain temps, celui-ci -nonobstant son esprit – paraît de plus en plus mal élevé et dépourvu de tact. Je ne sais si le régime républicain accroît ses défauts ; en tout cas son langage et ses expressions vulgaires sont insupportables… Roger était chez Thiers : il s’est informé de vous avec insistance.
J’ai été hier partout dans la maison : je l’ai trouvée très propre et agréable. Les dorures font un effet étonnant. Il ne reste plus qu’à peindre le salon d’angle, – à la détrempe peut-être.
* Le secret du coup d’Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 / p.98 à 100)* Morny et son temps (Parturier / Hachette / p.70)

toute la correspondance échangée entre Charles de Flahaut et sa femme Margaret Mercer Elphinstone