1833 | Madame de Souza à M Le Roi | droits des femmes

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” Comment Mme la duchesse de Berry a-t-elle pu se fier à un renégat ? C’est impardonnable et ne s’explique qu’en se rappelant que les femmes considèrent l’attachement qu’elles inspirent comme une religion. Pourvu qu’on soit fidèle à celle-là, elles laissent la scolastique entre Dieu et l’autre vie. Je sens l’indignation où l’on doit être chez vous de tous les bruits qui courent. Ce qui est sûr, c’est que je n’aurais pas fait comme la dame. Du moins, je l’espère, mais, certes, je ne l’aurais pas déclaré. Lorsque Struensé avoua au tribunal qu’il avait été l’amant de la reine Mathilde, M. de Chauvelin, qui était alors ambassadeur de France à Copenhague, se redressa fièrement en s’écriant : ” Un Français l’aurait peut-être dit à tout le monde, mais ne l’aurait avoué à personne. Je crois qu’une Française aurait toujours nié, et l’enfant dans son lit aurait soutenu que c’était le monstre de général qui l’y avait apporté… ” Auguste est à son régiment, c’est important pour lui. C’est une carrière ! Mais quelle oisiveté dans la paix, que de dangers à la guerre ! J’ai passé ma vie dans ces anxiétés. Ninon disait : ” On croit que j’ai été heureuse. Eh bien, si l’on m’avait montré ma vie tout d’une vue, je n’aurais pas voulu naître. ” Je crois bien que tout le monde en serait là.
” Voilà le divorce encore rejeté par les pairs. On le reproduira l’an prochain. Il me semble qu’on pose mal cette question. Il ne s’agit point de l’obligation de divorcer, mais seulement de la possibilité. Savez-vous qu’on dit Victor Hugo fou à lier ? Il y avait bien un peu de cela dans ses ouvrages. Mon bon ami, que j’ai besoin de causer avec, vous, même de ce qui ne m’intéresse pas. Jugez du reste ! Vite de vos nouvelles, mon Petit Père. Voilà ce qui m’intéresse le plus en ce vilain monde ; j’ai une chienne de plume avec laquelle je ne puis vous dire un mot de plus. De vos nouvelles, mon bon ami ! “

* Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.362-363)