Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 27 février 1814, Paris

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Lettre d'Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
27 février 1814, Paris
Mon cher Eugène, j'ai vu toutes tes lettres et je les approuve bien ; mais ce qui me désole de tout cela c'est de voir, par une lettre que je reçois de ta femme, combien elle est affectée. Rassure-la, je t'en prie car, dans sa position et avec son coeur, on sent tout vivement, et, quand on est plus âgé, on connaît davantage l'injustice et on prend plus son parti. Le monde, au reste, te rend bien ce qu'on ne pourra pas t'ôter ; il est impossible de mieux parler de toi et, depuis tes proclamations, je suis obligée de faire continuellement la modeste pour toi. Le jour où notre mère avait reçu la lettre de l'Empereur et où elle en était si affectée, je n'ai trouvé rien de mieux pour la remonter, que de lui dire : L'Empereur fait tant de cas des personnes dont il se méfie, qu'en vérité il ne faut pas trop se tourmenter s'il méconnaît Eugène. Il l'en appréciera peut-être davantage.
Que dis-tu de ma consolation ? Tu vois que, dans mon petit particulier, je sais ce que c'est que l'injustice, et, quoiqu'on s'habitue difficilement à cela, l'expérience fait qu'on y est moins sensible.
J'approuve bien toutes précautions pour ta femme, la vie de ce qu'on aime avant tout, et j'ai parlé même à Corvisart de ses souffrances. Il trouve qu'il serait imprudent de voyager. On assure que si l'armistice a lieu, c'est la paix, car les bases seront convenues ; mais, en attendant, le duc de Raguse est aujourd'hui à Meaux avec peu de troupes, l'armée de Châlons l'a un peu battu hier à Sezanne ; elle est forte dit-on de 20 000 hommes, et l'Empereur est à Troyes ; mais je ne doute pas que Paris ne se batte plutôt que de les laisser entrer ; après toutes les horreurs qu'ils commettent, c'est, je crois, ce qu'il y aurait de mieux. Adieu, je te quitte pour aller au dîner de famille et je t'embrasse tendrement.
Hortense
P.S. Le prince de Neuchâtel a écrit à sa femme que l'Empereur ferait une paix digne de lui et que la France serait dans ses limites naturelles ; on dit que les bases doivent être la paix de Francfort.