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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 25 octobre 1812, Paris

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 25 octobre 1812, Paris
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
25 octobre 1812, Paris
J’ai été hier à Saint-Cloud. J’avais besoin d’embrasser ce pauvre petit roi de Rome que j’ai trouvé très bien. L’Impératrice était à merveille et croyait que ce n’était qu’affaire de brigands. Heureusement qu’elle n’a pas eu peur du tout pour son fils. Elle m’a dit qu’elle viendrait passer la journée demain à Saint-Leu et je me dépêche de tout arranger. Il fait si mauvais temps que pour l’amuser, je fais venir Brunet. On joue les Habitants des Landes sur mon petit théâtre. J’ai été ce matin à Malmaison. J’ai trouvé notre mère très bien, enchantée de ta famille dont nous avons bien parlé. Elle était tremblante de cette équipée de Paris et, comme chacun fait son projet, elle aurait été, m’a-t-elle dit, près du roi de Rome s’il avait couru quelque danger.
On n’apprend rien de nouveau sur cela. On dit que ce sont simplement les Jacobins. Ils avaient 800 hommes qu’ils avaient été prendre à la caserne de Popincourt. C’était le premier ban. C’est surtout le bruit de la mort de l’Empereur qui a consterné Paris. Même ceux qui crient quelquefois ont senti le malheur qui leur arriverait. Heureusement l’on est très rassuré à présent. On commence même à rire de trois hommes en prison s’emparer de toute la police (sic). On plaint beaucoup le pauvre ministre de la Police. Les femmes cependant disent un peu que s’il ne s’occupait pas tant de connaître les intrigues de femmes pour en amuser l’Empereur, il aurait su tout cela et c’est bien plus nécessaire, mais tout le monde le plaint : il est fort inquiet de savoir comment l’Empereur prendra cela.
Il n’y a pas de doute qu’ils auraient été après s’emparer du roi de Rome : cela fait trembler. Mon petit plan à moi était d’envoyer mes enfants dans la première ville fortifiée comme Péronne. Ce nom de pucelle me convenait assez. J’aurais tâché d’y mener le Roi, l’Impératrice et, en achetant beaucoup de blé, s’enfermer dans la ville et attendre qu’on vienne nous délivrer. Chacun fait son château : trouves-tu le mien bon ? Au reste, dans de pareilles occasions, il faut de la tête et, près de l’Impératrice, je ne vois pas trop qui en aurait eu.
Lahorie, qui s’était fait ministre de la Police, est sorti dans la voiture de Savary pour faire une course comme s’il était là depuis dix ans. La pauvre duchesse de Rovigo est passée par une fenêtre et a couru Paris à pied après son mari. On a bien maltraité ce pauvre Savary : il a été mené par le collet et d’une manière extrêmement brusque. Hulin va un peu mieux ; on espère le sauver.
Adieu, voilà un long bavardage et il faut que je me repose pour demain car j’arrive de Malmaison et je ne suis pas forte pour toutes ces courses. Je t’embrasse. Il faut avouer que c’est bien heureux que nous ayons un peu à nous occuper de nous car vous nous absorbiez un peu trop, et j’espère qu’au moins, à notre tour, nous allons un peu vous intéresser. Les conscrits font à merveille partout. Dans mon village, quand ils ont appris l’événement, ils ont crié bien haut qu’ils m’auraient défendue mais les malheureux n’ont que des bâtons et un tambour qu’ils battent toute la journée.
Hortense