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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 20 septembre 1809 , Plombières

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 20 septembre 1809 , Plombières
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
20 septembre 1809 , Plombières
Tu vas me dire que je suis une bête et tu auras raison : j’ai rêvé que tu étais malade et voilà qu’aujourd’hui je suis inquiète. Tu ne reconnais plus là mon esprit fort d’autrefois, mais comme on devient superstitieuse quand on a été malheureuse ! Je veux cependant aussi me guérir de cette maladie-là et je t’écris ma sottise, pour que tu te moques de moi. C’est aussi pour que tu me répondes, car voilà bien longtemps que je n’ai reçu de tes nouvelles. J’ai l’air d’une abandonnée dans ce trou de Plombières. J’ai écrit à l’Empereur deux fois ; il ne m’a pas répondu ; mais, lui, c’est différent, c’est comme le Bon Dieu : on l’aime toujours sans le voir ni l’entendre, on croit en lui, on espère en lui, et, pour faire la troisième vertu théologale, on compte sur sa charité. Mais toi qui, si j’étais juive, serais, tout au plus, le Saint-Esprit, je te prierai de ne pas faire un Messie de tes lettres et me les faire attendre si longtemps. Voici un mois que je suis seule, et je n’ai eu des nouvelles que par Paris. Tu ne m’a pas dit un mot de la santé de l’Empereur et c’est bien mal.
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Je quitte enfin Plombières, car le temps est vilain. Je suis toujours mieux, et, encore les eaux l’année prochaine, je serai entièrement rétablie.
J’avoue que depuis que mes enfants sont partis, je trouve la vie que nous menons un peu triste : je dessine, je fais des romances, tout cela m’occupe la matinée ; mais, le soir, je fais tous les jours une partie de casino avec Mme de Boufflers, un corps législatif, qui, avec un dragon dans l’oeil, a au moins un demi-siècle, et le préfet qui est notre jouvenceau.
Nous avons encore pour plaisir de voir sur son balcon ce pauvre Fister qui joue toute la journée au bilboquet. En sortant de la douche, il fut hier se mettre tout nu dans le bain, où plusieurs dames et messieurs se baignaient en chemise de laine. Tu vois que sa folie n’est pas dangereuse, puisqu’il se croit dans l’âge d’or, où l’on ne cachait rien ; mais les dames de Plombières, qui croient plutôt au siècle de fer, ont jeté des cris terribles, et l’ont laissé maître de la place en s’enfuyant de tous les côtés. Du reste, il ne montre pas d’autre folie : il est venu me voir, m’a assuré qu’il était guéri mais qu’il avait été bien malade ; qu’en Espagne il avait reçu cinq coups de poignard, et qu’après la bataille de Ratisbonne, il s’était perdu et avait traversé dix rivières à la nage. Soit exagération ou folie, je doute que les eaux de Plombières lui fassent grand bien.
L’estafette m’apporte enfin une lettre de toi ; mais elle vient par Paris, ce qui l’a beaucoup retardée. Le petit tableau de ta femme a dû te faire plaisir ; elle m’écrit aussi qu’elle est bien triste de ton absence.
Adieu, je t’embrasse, je ne técrirai plus que de Malmaison. On me dit que mes petits enfants ont supporté le voyage à merveille et que le petit a une dent de plus. Il me tarde de les embrasser ; je ne m’habitue pas depuis huit jours à être sans eux. Napoléon apprend un compliment pour l’Empereur, que je lui ai fait faire ; il t’étonnerait comme il est avancé pour son âge : il a de l’esprit, de la finesse, mais surtout un caractère étonnant pour son âge ; j’aime mieux cela, étant bien dirigé, qu’une faiblesse qui est toujours bien dangereuse dans sa position, mais il faut quelquefois un peu de sévérité, et l’Impératrice gâte tant que c’est moi qui dois faire peur. Il me disait aussi l’autre jour : « Toi, tu me gâtes quand je suis gentil ; mais, que je sois gentil ou non, grand’maman me gâte toujours. » Ceci n’est pas étonnant car les enfants font attention à tout, mais il disait aussi à une de ces dames qu’on voulait faire jouer du trictrac et qui avouait qu’elle n’en savait rien : « Pourquoi dis-tu que tu ne sais pas ? Il y a tant de gens qui disent qu’ils savent et qui ne savent rien ; joue toujours. » Tu avoueras que c’est un peu fort pour un enfant. Heureusement qu’il se porte à merveille, car cela m’inquiète quelquefois.
Adieu. Je t’en prie, de tes nouvelles, car, sans croire aux rêves, je désire en avoir.
Hortense

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