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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 10 septembre 1807, Saint-Cloud

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 10 septembre 1807, Saint-Cloud
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
10 septembre 1807, Saint-Cloud
Je reçois ta lettre, mon cher Eugène, et je veux te répondre tout de suite, à tous les articles. Quant à mon chagrin, il durera toute ma vie, mais, comme tu le dis fort bien, de me retrouver près de l’Empereur et de l’Impératrice, traitée toujours comme leur fille, est une position, si elle pouvait durer, qui me rendrait assez tranquille pour me croire encore heureuse ; tu manquerais cependant toujours à cette réunion.
Je vois par ta lettre que tu es affligé de l’espèce d’oubli où tu te trouves ; tout le monde est réuni ici, c’est vrai, mais tout ce monde est-il aussi utile à l’Empereur que toi ? Je suis bien persuadée que s’il ne te fait pas venir, c’est qu’il ira en Italie comme il en parle souvent, ou bien qu’il ne peut se passer de toi là-bas, mais ne crois pas, mon cher Eugène, qu’il ait changé pour toi. On a beau dire, il n’y a pas d’intrigues. D’abord elles ne pourraient pas te toucher, ni l’Empereur y croire ; il connaît assez bien les hommes pour savoir qui lui est véritablement attaché.
Je veux aussi te gronder d’une chose qui n’est nullement juste. Comment ! Tu te trouverais déplacé au milieu de gens couverts de gloire ! Tu croirais être bien au-dessous d’eux ! D’abord, mon cher Eugène, qui remplit bien la place que l’Empereur vous a confiée, fait son devoir, et qui fait son devoir a toujours le premier rang dans la société. D’ailleurs, pendant la guerre, que faisais-tu ? Etais-tu à te reposer ou à t’amuser ? Tu sais bien le contraire et même, dans le fond, tu dois te trouver plus de mérite d’avoir fait une chose qui était moins de ton goût que si tu t’étais battu. Et puis tu ne sais pas une chose : nous sommes tout à fait dans une Cour ; tout vient du maître ; s’il est content, tout le monde l’est ; si l’Empereur dit du bien de toi, on ne répétera pas ce qu’il a dit, mais on en dira cent fois plus et comme si c’était du fond du coeur. Ainsi, ne te fais donc pas un monstre de tout ce qu’il y a de nouveau ici ; c’est comme partout et comme cela a toujours été. L’Empereur t’aimera toujours, parce qu’il sait que tu l’aimes et que tu mets ton bonheur à le servir.
Ton régiment sera enchanté de te revoir et de t’avoir toujours pour commandant ; tes parents et tes amis seront aussi heureux que toi, et les courtisans te baiseront les mains en t’assurant que, si l’Empereur a conquis l’Italie, tu as su par ta prudence la maintenir dans sa tranquillité.
Adieu, mon cher Eugène ; je crois t’avoir persuadé que tes chagrins sont chimériques, n’y pense donc plus et crois que le seul véritable pour toi est d’être loin de toutes les personnes qui t’aiment et que personne plus que moi ne le ressent. Je t’embrasse tendrement ainsi que ma soeur. Parle-lui un peu du voyage de l’Empereur en Italie, car je crois m’apercevoir qu’elle est un peu triste de ne pas venir à Paris. Je lui répondrai bientôt.
Hortense