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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 22 août 1807, Lyon

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène | 22 août 1807, Lyon
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
22 août 1807, Lyon
J’ai reçu ta lettre, mon cher Eugène, car je voyage avec le Roi et très lentement à cause de sa santé qui est cependant meilleure ; moi, j’ai toujours les nerfs bien affectés, mais on n’a pas de si grands malheurs impunément et sans qu’on ne s’en ressente toute sa vie. J’emporte toujours l’espoir de te voir à Paris : il est impossible que l’Empereur ne t’y fasse pas venir et je t’assure bien que je lui en parlerai ; mais tu sais que je n’y pourrai pas grand’chose, s’il a décidé que cela ne se pouvait pas, mais, après te l’avoir promis si longtemps, je ne puis pas penser que cela ne se puisse plus à présent ; cela me ferait trop de peine de ne pas te voir, ainsi que ta femme ; je m’en étais fait un bonheur, et tu sais que ce mot n’est pas commun pour moi.
Je suis avec le Roi, bien ensemble ; je ne sais pas si cela durera ; je l’espère, car il a le désir d’être mieux pour moi et tu sais que je n’ai jamais rien fait pour être mal.
Je t’écrirai souvent de Paris. Il y a une grande réunion de personnes marquantes. Je sens que, sortant d’une profonde retraite, les premiers moments seront pénibles pour moi et combien j’aurai besoin de courage. Il m’aurait été bien doux d’aller passer quelques temps à Monza avec toi ; tu sais que j’ai des devoirs et qu’il faut que je les remplisse. D’ailleurs, j’en ai un bien doux, qui est d’aller voir l’Empereur. Comme je l’ai toujours regardé comme mon père, j’espère trouver en lui les mêmes sentiments que je lui porte et qu’il m’accordait autrefois ; mais il est si entouré et nous voit si peu que je crains qu’il ne nous aime plus autant. Cependant, il a été bien bon pour moi dans mon malheur, et il doit nous rendre la justice que nous avons toujours mis notre bonheur à faire ce qui pouvait lui plaire ; puis c’est peut-être aussi une crainte imaginaire.
Je suis sûre aussi qu’il est content de toi et, s’il ne te fait pas venir, ce ne sera sans doute pas son coeur qu’il consultera. Ainsi, il est aisé de prendre son parti pour tout le reste.
Adieu, mon cher Eugène, crois qu’il m’est bien doux de penser que tout ce qui peut m’arriver dans la vie, mon frère le partage.
J’embrasse ma soeur. Je ne veux pas oublier ma petite nièce, mais, quand je parle d’un enfant, je ne puis encore m’empêcher de pleurer.
Hortense