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22 juillet 1823 | Mme de Souza à M Le Roi | Morny et le latin

Titre de la correspondance:
22 juillet 1823 | Mme de Souza à M Le Roi | Morny et le latin
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Contenu de la correspondance:

 » Je suis toujours où vous m’avez laissée, c’est-à-dire dans mon fauteuil. Mes promenades finissent dans mon jardin avec mes roses. Nous n’aurons pas encore eu d’été. On dit qu’il est allé voyager en Russie où il fait, dit-on, une chaleur affreuse. Il y a longtemps que je prédis que cette puissance envahira tous nos biens, mais je croyais que notre climat ne serait pas de ce nombre et nous resterait pour nous consoler de tous les autres. Enfin je me soumets. La résignation et la modération sont des vertus précieuses qui viennent avec l’âge et l’expérience. Heureux ceux qui les possèdent et peut-être plus heureuse est la jeunesse ardente qui marche ne se doutant de rien et croyant qu’elle n’atteindra jamais le mauvais côté de la question.
Mon fils a déjà perdu ses cheveux. Il dit: c’est la guerre ! Quelques dents : il crie que c’est l’humidité. Il ne lui est pas encore entré dans l’esprit que ce sont des petits pas insensibles que l’on fait vers cette vieillesse qu’il regarde du haut de sa grandeur. Je me garderai bien de lui apprendre ce secret, et lorsque nous aurons cent ans, vous et moi, nous nous moquerons de lui, car je doute qu’il s’en tire aussi gaiement.
 » Auguste est dans les tribulations du latin. De là il passera au grec, à l’algèbre, et puis, Dieu sait ! Jusqu’à ce que l’étude soit devenue pour lui le plus grand des plaisirs, il a en perspective bien des chagrins, bien des pensums. Quand je pense que j’ai fait des livres imprimes moi moi qui sais à peine combien il y a de lettres dans l’alphabet, je lui envoie des gâteaux lorsque son maître lui impose des pénitences. Cependant je crois bien que si j’avais eu une éducation plus forte, mon esprit en vaudrait beaucoup plus. Enfin le pauvre enfant travaille, gémit, et je le console ; mais au fait on en est content.  » M. de Souza a eu une attaque de rhumatisme très forte. Il est mieux et fort tranquille depuis que son fils n’est plus exposé qu’aux mécomptes ordinaires de la vie. Il va ministre en Angleterre, et j’en suis charmée. Il est toujours heureux pour le moment et surtout pour l’avenir de rester étranger à toutes les réactions, car réactions et révolutions sont synonymes. Notre ami Gallois est toujours bon, sage et jugeant mieux que personne les folies humaines. Pour moi, mon cher ami, je vis en paix avec les défauts des autres, de même un peu avec les miens. C’est mal, je le sens. Il vaudrait mieux se corriger, mais la vie est si courte ! Je tâche seulement qu’ils n’aient rien d’offensif. Je commence mes journées sans projets, je les passe, laissant tout ce qui m’entoure en repos, et je les finis sans avoir rien fait du tout, prenant le premier livre qui me tombe sous la main et m’y amusant comme si le temps était à mes ordres et m’avait promis de ralentir sa marche pour moi ! – Adieu, cher ami… votre retour me consolera de voir revenir l’hiver. « 

Morny et son temps (Parturier / Hachette / p.21)
Morny, l’homme du second empire (Dufresne / Perrin / p.49)
Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.329-330)
Le duc de Morny (Marcel Boulenger / Hachette / p.20)
Son élégance le duc de Morny (Augustin-Thierry / Amiot-Dumont / p.47)