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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 30 août 1805 , Saint-Amand

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 30 août 1805 , Saint-Amand
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
30 août 1805 , Saint-Amand
Toute la division du général Nansouty, qui était à Lille, vient de partir pour aller sur le Rhin ; tous les dragons quittent aussi les côtes et la division de grenadiers commandée par le général Oudinot a aussi ordre de marcher. Tu vois que ce sont de grands motifs de croire à la guerre continentale. Le maréchal Duroc est parti incognito de Boulogne, pour aller je ne sais où, mais il est passé par Bruxelles ; voilà toutes mes nouvelles.
J’avais oublié de te dire, dans ma dernière lettre, que j’avais parlé de toi avec l’Empereur ; je lui ai dit combien tu désirais ce qui lui serait agréable et que, si tu ne remplissait pas exactement ses vues, il n’y aurait jamais de ta faute ; que tu étais bien triste d’être séparé de lui ; que je désirerais bien que tu fusses marié. Il m’a répondu à cela qu’il faudrait trouver une petite Parisienne. Je t’avoue que cela m’a étonné beaucoup, mais j’ai pensé que, peut-être, il ne se souvenait plus qu’il m’avait parlé autrement cet hiver et qu’il ne voulait pas me faire part de ses projets.
Du reste, il a été fort bon pour moi ; il a beaucoup caressé Napoléon. Un jour, devant Murat et sa femme, il nous dit : « Ce pauvre enfant, je le plains ; il serait bien plus heureux s’il avait trois cent mille livres de rentes et qu’il puisse jouir de sa liberté que de gouverner un grand pays ; c’est une chose bien triste. » Tu sais que je n’aime pas beaucoup que l’Empereur prédise l’avenir à ce pauvre petit. Qui sait ce qu’il deviendra ? Et, en attendant, c’est lui faire des jaloux et des ennemis. Adieu, mon cher Eugène, je t’embrasse comme je t’aime.
Hortense
P.S. Il faut absolument que tu me fasses un plaisir : ce pauvre M. Beaufond et sa petite femme ne demandent qu’à être ensemble et à avoir de quoi vivre ; tu pourrais peut-être les fourrer quelque part, soit concierge dans un château. Tâche, je te prie, de les rendre heureux, car il faut bien peu de choses pour cela. J’ai parlé à l’Empereur de la croix de la Légion pour M. Bataille ; je ne sais ce qu’il fera.