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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 7 août 1805 , Saint-Amand

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 7 août 1805 , Saint-Amand
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
7 août 1805 , Saint-Amand
Je trouve ta lettre à Murat fort bien, mon cher Eugène ; il n’y a pas à répliquer. Il est resté à Paris, mais l’Empereur et tous les militaires sont à Boulogne, à ce qu’il paraît ; tout se prépare pour la grande expédition mais la réserve que commande Louis ne bouge pas. Elle n’a reçu encore aucun ordre ; peut-être n’en a-t-on pas besoin. Ne regrette pas, je te le répète, cette expédition ; ce que tu fais à présent est plus difficile pour toi et tu en auras plus de gloire ; je sais bien que ce n’est pas ans ton goût : mais que veux-tu ? On ne consulte guère notre goût ans ce monde. Combien de personnes envient notre sort, et combien ils seraient « sots » s’ils se trouvaient à notre place !
Sans vanité, je crois que peu de monde aurait autant de courage que moi ; je m’étonne quelquefois d’en avoir tant et je remercie Dieu de m’avoir donné cette résignation qui me donne un air calme et qui trompe tout le monde sur ma position. J’a été un moment où j’ai cru que j’y succomberais ; ma santé était vraiment bien altérée. Croirais-tu que c’est ta nomination qui m’a sauvée ? Le chagrin que j’en ai ressenti m’a donné une grande secousse et cette crise m’a été salutaire ; depuis, j’ai commencé un peu à manger sans me trouver mal. Depuis, ton chagrin m’a été plus sensible que le mien ; je dois me trouver mieux que toi, quand je réfléchis que tu es loin de toute la famille, que tu n’as personne à qui tu puisses ouvrir ton coeur. Cependant, mon cher Eugène, tu peux vivre d’espérance. Si le projet de l’Empereur s’exécute, tu peux espérer d’être heureux dans ton intérieur ; tu peux toujours penser à tes amis et aimer ta femme, si elle est faite, comme on le dit, pour captiver un coeur ; pense avec plaisir à ce moment-là ; vois-le en beau et tu ne seras pas tout à fait malheureux.
Eglé est venue passer quelques jours avec moi ; nous avons beaucoup causé ; elle est retournée à Montreuil. Je crois que ce ne sera que par elle que nous pourrons avoir des nouvelles des côtes, car tu n’es plus là pour me donner des nouvelles et personne ne t’a remplacé et ne te remplacera jamais près de moi.
Adieu, mon cher Eugène, mon cher frère ; quand je pense à toi, je ne me trouve plus si malheureuse ; tu m’aimes du moins pour moi ; tu as confiance en moi, et je ne trouve tout cela qu’en toi.
Hortense