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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 18 juillet 1805 , Saint-Amand

Titre de la correspondance: Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène 18 juillet 1805 , Saint-Amand
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Lettre d’Hortense de Beauharnais à son frère Eugène
18 juillet 1805 , Saint-Amand
Je viens de recevoir ta lettre, mon cher Eugène ; je te promets que mon plus grand plaisir sera de t’écrire ; je suis dans ce moment éloignée de la Cour et peu au fait de ce qui s’y passe. Aussi ne puis-je te parler que de l’hiver dernier.
Tu n’as jamais su les chagrins de toutes les façons que j’y ai éprouvés ; je te gardais tout cela pour ton retour, mais, comme ma vie à Saint-Amand est très monotone, je te raconterai toutes les petites intrigues de cour de l’hiver passé.
Tu as su toutes celles de Mme Duchâtel, mais ce que tu ne sais pas, c’est qu’elle a été, il y a quelques temps, déjeuner chez Mme Murat, qu’elle a dit qu’elle était bien malheureuse, que l’Impératrice lui avait fait beaucoup de tort, qu’elle aimait mieux qu’on lui donnât sa démission ; mais ce qui l’affligeait beaucoup, c’était que l’Impératrice lui avait dit. Comme une femme méchante est dangereuse ! Elle aurait fort bien pu être la maîtresse de l’Empereur. Personne n’y aurait trouvé à redire ; c’était tant pis pour elle ! Mais chercher à brouiller tout le monde est une chose que je ne lui pardonne pas ! Moi, qui ne me mêle jamais de rien, voyant le chagrin que tous les rapports donnaient à maman et à l’Empereur, je crus pouvoir parler au général Duroc. Je lui dis qu’il devait plutôt chercher à adoucir l’Empereur, que c’était le rendre malheureux que de lui dire que l’Impératrice parlait à tout le monde ; comme j’avais passé quelque temps à causer avec lui devant Murat, il alla lui dire ce dont nous parlions. Murat vint me trouver et me dit que l’on se trompait sur les personnes qui aigrissaient l’Empereur, que, lui, il cherchait à l’adoucir. Je croyais bien que sa conversation n’irait pas plus loin. Pas du tout. Le lendemain, l’Empereur la savait. Il me dit que, moi aussi, j’étais contre lui : je lui dis tout franchement ce qui m’avait fait parler à ces messieurs. Duroc me dit que c’était Murat qui l’avait dit à l’Empereur, et Murat, qui a eu une belle explication avec moi depuis, m’a dit que ce n’était pas lui et que c’était Duroc. Lequel croire de tout cela ? Personne, et jamais ne se mêler d’intrigue de cour.
Il m’en est revenu de tout cela que l’Empereur a dit de moi, devant Mme Ney, qui me l’a redit, que c’était étonnant comme j’étais bonne et comme je raisonnais bien ; que je raisonnais si juste qu’on pouvait croire que je ne sentais pas ; mais que je sentais si bien qu’on voyait que c’était le sentiment qui me faisait raisonner si juste. Tu vois que c’est bien aimable. Je te raconte des vieilles histoires, mais je suis persuadée que les choses aimables pour moi te feront toujours plaisir. Napoléon veut t’écrire, et je vois Mlle de Mornay qui lui tient la main ; je vais t’envoyer cette belle épître. J’écrirai à M. Dubois pour ce que tu me mandes.
Hortense