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Paris, mercredi 21 janvier 1852 | Fanny Le Hon à Charles de Flahaut

Titre de la correspondance: Paris, mercredi 21 janvier 1852 | Fanny Le Hon à Charles de Flahaut
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Contenu de la correspondance:

Cher Monsieur de Flahault,
Je n’ai que quelques instants avant la poste pour vous exprimer tous les regrets de mon voisin (Morny) de ne pouvoir vous écrire, mais il est très occupé. Il quitte probablement le ministère demain. Sa démission a été acceptée, je vous assure, avec empressement. C’est cela qu’on voulait, et depuis longtemps déjà on [Louis-Napoléon] lui a dit que c’était lui [Morny] qui avait empêché la confiscation des biens ; que tout le public en avait été instruit ; qu’il [Morny] ne pourrait probablement pas le faire ; qu’il le regrettait beaucoup [sans doute : que Morny regretterait son action ?]
On lui a parlé aussi des extraits du Times sur leur parenté à tous les deux – ce qui l’a [Louis-Napoléon] fort mécontenté. « On ne l’a pas retenu, et pour cette raison, on voulait qu’il se retirât – vous savez que je vous ai toujours dit cela. Il y a de la jalousie, et on ne veut pas subir ses volontés, ni ses conseils ! On l’a voulu pour faire le coup d’Etat, mais pas davantage. Et laissez-moi vous dire aussi, qu’on ne veut pas plus de vous. Voilà le fond du cœur de cet homme (Napoléon) qui n’a pas les sentiments élevés et qui, en résumé, est fort peu estimable, croyez-le bien ! Sa douceur et sa politesse insouciantes colorent stous es mauvais penchants.
Quand mon voisin vous engageait à ne pas venir, c’était pour que vous ne fussiez pas mêlé à un tas d’intrigues, indignes de vous. Elles vous eussent dégoûté. Venez quand vous voudrez, mais permettez-moi de vous engager à y réfléchir. Vous pouvez vous tenir loin de tout ce qui se passe présentement. profitez-en et attendez.
Drouyn de Lhuys reste aux Affaires Etrangères, Persigny à l’Intérieur, Maupas Ministre de la Police, Casabianca Ministre secrétaire d’Etat ; puis Harnauld [sic], Fould, d’autres restent. Voici à cette heure où en sont les choses. Demain mon voisin ou moi nous écrirons. Je n’ai que cinq minutes dans ce moment, pouvez-vous me lire ?
Mille pardons et mille amitiés empressées.
[sans signature]

Morny, l’homme du second empire (Dufresne / Perrin / p.180)
Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.320-321)
Le secret du coup d’Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.254 à 256)
Le duc de Morny (Marcel Boulenger / Hachette / p.70)