3 décembre 1863 | Napoléon III à Charles de Flahaut | correspondance de Napoléon 1er

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L’Empereur Napoléon III à Flahault
Compiègne, le 3 Décembre 1863.
Mon cher Comte de Flahault,
J’ai arrêté la publication des lettres de l’Empereur, parce que je me suis aperçu qu’on avait publié des lettres qu’on aurait aussi bien fait de supprimer. En dernier lieu le Prince Napoléon m’a cité plusieurs faits qui ont attiré mon attention et m’a remis le rapport ci-joint. Je vous prie de le lire avec attention et de me dire votre avis. La chose qui me paraît grave serait, comme me le propose mon cousin, de recommencer la publication.
J’ai mis au crayon le nom des personnes qui faire partie de la commission. J’espère que vous voudrez bien encore en faire partie, car le Prince Napoléon se plaît à reconnaître que vous êtes le seul qui ayez mis dans ce travail un discernement éclairé, basé sur un véritable dévouement à la mémoire de l’Empereur.
Je saisis avec plaisir cette occasion pour vous renouveler l’assurance de ma sincère amitié.
Napoléon.
Note sur la Correspondance de Napoléon Ier
[Dec. 1863.]
But de la publication
Je partage entièrement les opinions à ce sujet exprimées dans la note.
Caractère de la Publication
Il me semble qu’il y a dans cette partie de la note des opinions avancées un peu légèrement sur quelques membres de la commission, et je dois dire que je ne me suis jamais aperçu qu’aucun d’eux ait essayé de dénaturer ou écarter aucun des documens qu’on proposait de publier.
S’il y a un reproche à leur faire, c’est d’avoir, par un respect aveugle pour tout ce qui leur semblait émané de l’Empereur, été trop inclins à admettre dans ce recueil des pièces qui n’auraient pas dû s’y trouver.
Modifications à introduire dans cette Publication
Diviser le contenu en quatre grandes Catégories
Je crois que ce serait un très mauvais arrangement, et qui ôterait à la publication son caractère le plus remarquable.
N’est-ce pas, en effet, cette correspondance, traitant à la fois des sujets les plus divers : la grande politique générale, la guerre, l’administration de l’armée, l’administration intérieure de la France, les questions de morale philosophique et de morale religieuse, les relations de famille et d’affection, les établissemens de diverses sortes (comme cette lettre sur l’institut fondé à Ecouen pour l’éducation des filles des membres de la Légion d’honneur), qui est un chef-d’œuvre par le soin et l’habileté avec lesquels tout y est prévu et discuté.
Je le répète donc, ce qui est surtout remarquable, outre le génie et l’habileté avec lesquels ces sujets sont traités, c’est de voir qu’ils forment son occupation de chaque jour, à toutes les heures ; et ce cachet se perdrait (indépendamment de la difficulté de la classification) si on voulait adopter le système proposé, et au lieu d’un tableau synoptique de la vie journalière de l’Empereur, on aurait quatre recueils de pièces historiques, pour servir à l’histoire de son règne.
Un autre inconvénient encore qui résulterait de ce plan serait la nécessité de détruire tout ce qui a été fait jusqu’ici. Il faudrait redemander à tous les souverains, à toutes les bibliothèques , à tous ceux enfin qui les possèdent, les exemplaires qu’ils ont reçu.
Ne serait-il pas à craindre que cela n’inspirât l’idée que trop de franchise avait présidé à l’œuvre supprimée, et qu’on se propose d’être plus réservé à l’avenir ? Ce qui ne manquerait pas de jeter du doute et de la défaveur sur la nouvelle commission et publication.
L’Empereur m’ayant permis de lui dire mon avis, j’ai l’honneur de le lui soumettre en toute sincérité, et je le prie de me permettre d’attendre sa résolution, avant d’accepter la proposition de faire partie de la commission, que j’ai reçue avec une profonde reconnaissance.

* The First Napoleon / Some unpublished documents from the Bowood papers / The Earl of Kerry / p. 337 à 339